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Pedag’eau / eaux douces

PFAS : comprendre l'empreinte toxique mondiale

On ne les voit pas, on ne les sent pas, mais ils sont là. Dans l’eau du robinet, dans les sols, dans nos organismes. Les PFAS, surnommés "polluants éternels", incarnent une contamination planétaire dont l’ampleur est aujourd'hui établie. Décryptage.

Par Nicolas Cossic
Paru le 26/02/2026

Terre empoisonnée par les polluants éternels

C’est "le problème de pollution le plus grave jamais rencontré" par l’humanité. L’alerte, lancée par un collectif d’experts dans le journal Le Monde, en janvier 2025, prend la mesure du défi que représente la contamination de la planète aux PFAS, ces substances toxiques et persistantes surnommées "polluants éternels". Depuis 2022, en France, elles suscitent des préoccupations croissantes au sein de la population et sont au cœur de l’attention médiatique et politique. Mais de quoi parle-t-on vraiment ? Comment en est-on arrivé là ? Et à quoi allons-nous devoir faire face ?

Les PFAS, de quoi parle-t-on ?

Les substances per- et polyfluoroalkylées, de leur nom scientifique, désignent une immense famille de plus de 10 000 composés chimiques créés par l’homme. Elles n’existent pas à l’état naturel. Malgré leur grande diversité, toutes ces molécules partagent un point commun : elles reposent sur des liaisons entre des atomes de carbone et de fluor quasi indestructibles, qui les rendent extrêmement persistantes, d’où leur surnom de "polluants éternels". Une fois émis dans l’environnement, certains PFAS peuvent y perdurer pendant des décennies, voire des siècles. Conséquence : tant que les rejets industriels se poursuivent, les PFAS s’accumulent inexorablement dans les sols, les rivières et les nappes phréatiques, au point de contaminer des réserves d’eau potable, la chaîne alimentaire et, in fine, les organismes humains. Ainsi, "ils peuvent exposer les populations par l’air, l’alimentation, l’eau de consommation ou l’usage de produits du quotidien", note l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Les études disponibles à ce jour associent ces substances à des effets délétères sur le système hormonal et reproductif, sur le développement, mais également à certains types de cancers. C’est la conjugaison de leurs caractères persistants, bioaccumulables et toxiques qui fait des PFAS un sujet de préoccupation sanitaire et environnementale majeur.

Comment les PFAS ont contaminé le monde ?

C’est en essayant de refroidir un gaz avec de la neige carbonique qu’un chimiste de la multinationale américaine DuPont de Nemours a créé, en 1938, par hasard, le premier PFAS : le polytétrafluoroéthylène (PTFE), plus connu sous le nom de Téflon. À partir de cette date, deux firmes vont être à l’avant-garde du développement des PFAS et de leur diffusion à travers le monde : DuPont, donc, et 3M. Ce n’est qu’à partir des années 1950 que les "polluants éternels" s’immiscent dans une myriade de procédés industriels, grâce à des propriétés "miracles" : résistance à la chaleur, à l’eau et à la graisse. On les retrouve ainsi dans les emballages alimentaires, les cosmétiques, les poêles antiadhésives, les vêtements imperméables, les mousses anti-incendie, des pesticides et même certains médicaments. En dépit de leur omniprésence dans nos objets du quotidien, les PFAS n’ont fait l’objet d’une attention des pouvoirs publics qu’à partir des années 2000 aux États-Unis, et des années 2010 en Europe. Un retard à l’allumage également lié à la dissimulation, depuis les années 1970, d’informations sur leur dangerosité par DuPont et 3M, révélée par une étude publiée en 2023. Ce délai a suffi à contaminer le monde : ces substances chimiques ont été détectées jusque dans l’organisme des ours polaires et une étude de Santé publique France, publiée en 2019, a conclu à l’imprégnation de l’intégralité de la population française, adultes et enfants compris.

Face aux risques, une "restriction universelle"?

Aujourd’hui, seuls le PFOA et le PFOS, les deux molécules les plus utilisées depuis les années 1950, désormais interdites mais toujours omniprésentes dans l’environnement, sont respectivement classés cancérogène et cancérogène possible par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Aux États-Unis, une étude épidémiologique menée sur près de 70 000 personnes a conclu que l’exposition au PFOA était associée à six maladies : élévation du taux de cholestérol, colite ulcéreuse, maladie de la thyroïde, cancer des testicules, cancer du rein et hypertension induite par la grossesse. Du reste, quelques dizaines de PFAS sont officiellement reconnus comme toxiques à des degrés de preuve divers. Mais la suspicion d’effets délétères pèse sur l’ensemble de la famille de molécules. Or, la mobilisation de tous les scientifiques vivants ne suffirait pas à évaluer les dangers des milliers de PFAS existants. Pour cette raison, une proposition de "restriction universelle" est en préparation à l’échelle européenne. Concrètement, cela signifie que tous les PFAS pourraient être frappés d’une interdiction, sans qu’il ne soit nécessaire de passer par une procédure substance par substance, comme c’est l’usage. En France, une première norme sur l’eau potable s’applique pleinement depuis début 2026 et une loi visant à limiter l’utilisation de ces composés a été votée en 2025.

Un coût économique exorbitant

La facture de cette contamination généralisée s’avère plus que salée. Pour prendre un exemple local, la grave pollution aux PFAS découverte au sud de Lyon a contraint la collectivité à se doter d’une nouvelle usine de traitement pour distribuer une eau potable conforme : 4,4 millions d’euros d’investissement et le double en frais de gestion à venir. Le tout payé par le contribuable. L’association Notre Affaire à Tous a estimé qu’une dépollution du secteur nécessiterait une enveloppe de deux milliards d’euros sur vingt ans. Un rapport publié par la Commission européenne en janvier 2026 estime, lui, que le coût des PFAS supporté par la société pourrait atteindre entre 330 et 1 700 milliards d’euros d’ici à 2050, sur le Vieux continent. Impact sur les systèmes de santé, niveau de dépollution… Les chiffrages varient en fonction de l’ambition du scénario retenu, mais aboutissent tous à la même conclusion : la nécessité de fermer le robinet des émissions. À lire aussi

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