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En France, au XXIe siècle, ouvrir un robinet est un geste banal, dans l’espace privé comme dans l’espace public. À tel point qu’on en oublie que l’accès généralisé à l’eau courante potable est récent, et que cet objet du quotidien, si commun en apparence, recèle une histoire riche, complexe et sophistiquée.
Par Cecile Vidal
Paru le 19/04/2026
Chaque foyer français peut, en théorie, être raccordé à un réseau d’eau potable. Ce résultat repose sur un système de traitement et de gestion strictement encadré et largement décentralisé, qui garantit un accès rapide, sûr et, le plus souvent, abordable, aussi bien dans l’espace privé que public. Pour atteindre ce niveau de service et de confort, un long processus politique et législatif a été nécessaire, afin d’encadrer des enjeux à la fois écologiques, mais surtout industriels et économiques.
Ce n’est qu’à partir de la fin des années 1980 que la quasi-totalité des foyers français est équipée en eau du robinet, autrement dit en eau courante. Le chemin a pourtant été long. Dans l’entre-deux-guerres, vers 1930, seules 23 % des communes disposent d’un réseau d’eau potable à domicile. En 1945, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, alors que la population est encore largement rurale, près de 70 % des communes ne sont pas desservies. Il faut attendre 1954 pour que la moitié des foyers soit équipée, sans que cela ne signifie pour autant un confort moderne : seuls 25 % disposent alors d’une salle de bain.
Info+ Qu'est-ce que l'eau courante ? L'eau courante est tout simplement de l'eau potable destinée à la consommation humaine et distribuée par un réseau de canalisations. On l'appelle également "eau du réseau".
Cette progression s'inscrit dans une histoire plus ancienne. En 1853, sous Napoléon III, est créée la CGE, pour Compagnie Générale des Eaux (CGE), qui promettait "l'eau à tous les étages", et de "pourvoir largement à la distribution d'eau dans les villes et à l'irrigation des campagnes". Dans ce contexte le préfet Georges-Eugène Haussmann, engagé dans le vaste chantier de transformation et de modernisation de Paris, nomme l'ingénieur Eugène Belgrand directeur du service des eaux. Ce dernier sera à l'origine de cette distribution de l'eau, comme à celle de la création des égouts tels qu'ils existent encore à Paris, et des réservoirs d'eau potable de Montsouris et de Passy, encore en fonction actuellement.
Bien avant ces transformations à l'aube du Second Empire, c'est à la fin du XVIIIème siècle que des progrès techniques et des décisions politiques, encore très centralisées à Paris et dans les grandes villes, ont été aussi remarqués que remarquables : sous l'impulsion de Louis XVI, à partir de 1777, les frères Périer officialisent un an plus tard la "Compagnie des eaux de Paris", posant les bases d'un premier service public et commercial de distribution d'eau à domicile. Ils obtiennent du Roi l'autorisation d'installer des canalisations dans les sous-sols de Paris, apportant, via l'utilisation des pompes à feu, l'eau chez les habitants, moyennant le paiement d'une redevance. Ces dates constituent donc, pour la France, des jalons dans l'approvisionnement progressif, en eau potable courante, des citoyens. Mais, la technique d'approvisionnement, via des canalisations, est encore bien antérieure à la démocratisation de sa distribution : le terme de "plomberie" vient du matériau le plus couramment utilisé à cette fin. Un matériau qui, en raison des risques de saturnisme, sera progressivement supplanté par le cuivre. Déjà bien présent chez les Egyptiens, ce métal est, parmi des matériaux aujourd'hui diversifiés, encore largement utilisé pour l'acheminement de l'eau.
L'histoire de l'acheminement de l'eau vers les foyers et les collectivités suit de près celle de la plomberie et de la robinetterie. Celle-ci connaît un tournant majeur, tant dans sa technicité, que dans sa démocratisation, avec la Révolution industrielle, et sous l'égide, cette fois, du préfet Claude-Philibert Barthelot de Rambuteau. Avant cela, les fontainiers du Roi avaient mis au point, à Versailles, des systèmes d'acheminement de l'eau à la fois complexes et innovants, ainsi que les premières canalisations en fonte. L'histoire des "Francine", du nom de leurs concepteurs, remonte quant à elle à Catherine de Médicis, dont la fontaine éponyme est un exemple emblématique. Si l'eau du robinet semble aujourd'hui couler de source pour la grande majorité des foyers en France, la question de sa qualité s'impose et devient centrale, comme un revers à cette modernisation et démocratisation industrielle et technologique. La gestion et l'entretien des réseaux se sont ainsi complexifiés, en particulier sur le plan sanitaire. L'accumulation des usages, domestiques, agricoles et industriels, exerce une pression croissante sur la ressource, rendant plus difficile encore la garantie d'une eau de qualité, partout, et en continu.
NB : Cet article est le premier d'un dossier qui remontera le fil des méthodes successives d'approvisionnement, de distribution et de "potabilisation" de l'eau, en France, comme ailleurs, en remontant jusqu'à l'Antiquité. On verra aussi qu'il est connexe à des problématiques sanitaires évoquées dans d'autres rubriques du site, notamment celles évoquant la question des PFAS, ou encore de la législation relative aux captages.
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