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PFAS : l’ANSES plaide pour une surveillance nationale intégrée

Face à la multiplication des données de contamination, l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (ANSES) appelle à mieux articuler les informations issues de l’environnement, de la santé et de la toxicologie. Objectif : suivre les "polluants éternels" sur l’ensemble du territoire, et dans tous les milieux.

Par Nicolas Vignot
Paru le 22/10/2025

Les PFAS vers une surveillance élargie

Longtemps restés dans l’ombre des pesticides ou des nitrates, les PFAS – ces composés per- et polyfluoroalkylés utilisés dans des milliers d’applications industrielles – s’imposent aujourd’hui comme une priorité de santé publique. L’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (ANSES) vient de publier un état des lieux inédit de leur surveillance en France. En croisant près de 2 millions de données issues de bases publiques et privées, l’agence dresse un constat clair : seule une fraction de ces substances est réellement suivie, alors que leur persistance dans l’environnement ne fait plus débat.

142 PFAS documentés, 247 à surveiller

À partir des données disponibles "portant sur 142 PFAS différents " l’ANSES a recensé les traces de contamination dans une grande variété de milieux : "eaux potables et superficielles, sédiments, biotes, aliments, air, poussières, sols, matrices biologiques humaines et produits de consommation." L’agence souligne l’extrême hétérogénéité des connaissances. Si certaines matrices sont relativement bien documentées, comme les eaux et les denrées alimentaires, d’autres restent des angles morts : "l’air intérieur, les sols, les poussières ou les expositions professionnelles." En combinant les données de contamination avec les informations toxicologiques disponibles (valeurs guides sanitaires, classifications cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques), l’ANSES élargit son champ de surveillance à "247 PFAS jugés prioritaires" C’est l’une des premières fois qu’une agence publique française articule ainsi les deux volets environnemental et sanitaire pour proposer une stratégie intégrée.

Trois niveaux de surveillance

Pour renforcer le dispositif, l’ANSES préconise une approche en trois axes : "Une surveillance pérenne", centrée sur les substances les plus préoccupantes, présentes dans plusieurs milieux et présentant un risque avéré pour la santé. "Une surveillance exploratoire", destinée à identifier des PFAS peu ou pas recherchés, notamment dans les milieux encore mal connus. "Une surveillance localisée", ciblant les zones à risque : sites industriels, sols pollués, zones de production d’eau potable ou de traitement des déchets.

Cette stratégie vise à mieux identifier les sources d’émission et à adapter les politiques publiques de réduction. Elle appelle aussi à harmoniser les protocoles d’analyse, souvent variables selon les laboratoires et les territoires.

Un besoin criant de données

L’agence reconnaît que de nombreuses inconnues subsistent. Dans la population française, les concentrations sanguines des PFOS et PFOA , deux des PFAS historiques sont comparables à celles observées ailleurs en Europe. Les données manquent cruellement pour la plupart des autres composés, dont la toxicité et le devenir environnemental restent mal documentés. Autre point d’alerte : l’exposition via les matériaux en contact avec les aliments, les revêtements antiadhésifs ou les textiles demeure mal évaluée, tout comme les risques professionnels dans certaines filières industrielles.

Vers un dispositif évolutif

L’ANSES plaide pour un dispositif national évolutif, capable d’intégrer rapidement de nouveaux composés au fil des connaissances scientifiques. À terme, cette base de données intégrée pourrait devenir un outil de référence pour les pouvoirs publics, les chercheurs et les collectivités, afin d’orienter les actions de dépollution et de prévention. Si ce rapport ne dresse pas de carte précise de la contamination française, il en souligne l’ampleur et la complexité. La surveillance des PFAS ne peut plus se limiter à quelques molécules emblématiques : elle doit embrasser la diversité de ces substances et la mosaïque de leurs impacts.Un chantier de longue haleine, à la hauteur des polluants éternels. Sources ANSES

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