Montée des eaux
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À l’Assemblée nationale, la proposition de loi écologiste visant à protéger les captages d’eau potable s’est heurtée à une opposition frontale de la droite et de l’extrême droite. Examiné dans le cadre de la niche du groupe Écologiste et Social, le texte a finalement été retiré après plusieurs heures de débats marqués par une avalanche d’amendements.
Par Nicolas Vignot
Paru le 13/02/2026
La protection des captages d’eau potable s’est heurtée, jeudi 12 février 2025, à un mur parlementaire. Examinée dans le cadre de la niche du groupe Écologiste et Social, la proposition de loi visant à interdire progressivement certains pesticides et engrais autour des aires d’alimentation des captages a finalement été retirée après plus de quatre heures de débats tendus. Porté par Jean-Claude Raux du groupe écologiste, le texte prévoyait une interdiction à l’horizon 2030, avec des étapes intermédiaires et un accompagnement économique des agriculteurs concernés. En commission, le 4 février 2025, ses défenseurs avaient déjà accepté plusieurs compromis pour tenter d’en faciliter l’adoption. En séance, ils ont dénoncé une “obstruction en règle” du Rassemblement national et des Républicains, accusés d’avoir multiplié les amendements. La présidente du groupe écologiste, Cyrielle Chatelain, a fustigé une stratégie destinée à empêcher tout vote. Le gouvernement n’a pas davantage soutenu la version initiale du texte. Le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a appuyé un amendement réduisant l’application de la loi aux seuls points de prélèvements sensibles, une rédaction jugée trop proche du droit existant par le rapporteur.
Pour ses promoteurs, la proposition répondait pourtant à une urgence documentée. Entre 1980 et 2024, 14 300 captages ont été fermés en France en raison de pollutions aux pesticides ou aux nitrates, soit plus d’un tiers des points de captage recensés. Un rapport de trois inspections ministérielles, publié en 2024, évoquait un “échec global” de la politique de préservation de la qualité des ressources face aux pesticides. L’ONG Générations futures a dénoncé “l’irresponsabilité” des groupes ayant empêché l’aboutissement du texte, estimant que les positions défendues en séance contredisent les recommandations du Haut Commissariat à la Stratégie et au Plan, favorable à une interdiction progressive des pesticides dans les aires d’alimentation des captages, accompagnée de paiements pour services environnementaux. Le texte s’inspirait notamment d’une stratégie engagée en Charente-Maritime, autour du captage des Mortiers, fermé en 2020 après une pollution au chlortoluron. Une zone sans pesticides doit y être instaurée progressivement, avec un soutien financier aux agriculteurs concernés. Le retrait de la proposition ne clôt pas le débat. Il en souligne plutôt la ligne de fracture : faut-il protéger la ressource à la source, en limitant les usages agricoles, ou continuer à traiter l’eau une fois contaminée ? Derrière l’affrontement politique, c’est l’avenir de l’eau potable qui demeure en suspens. Source AFP/ Water Guette À lire aussi
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