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Montée des eaux / Risque et prévention

Erosion côtière: l'institut Helio Marin, l'autre "signal"

Après la démolition de l’immeuble Le Signal à Soulac-sur-Mer, la disparition programmée de l’Institut Hélio Marin de Labenne constitue un nouveau marqueur face à l’érosion côtière. Derrière ce choix de repli assumé, demeure la question du financement, alors que se profile la perspective de milliers d’habitations appelées à être relocalisées.

Par Nicolas Vignot
Paru le 20/01/2026

Erosion côtière, recul du trait de côte

Après l'immeuble Le Signal, détruit en 2023 à Soulac-sur-Mer(Gironde), l'institut Hélio Marin de Labenne aura, lui aussi, disparu d'ici mars 2026. L'érosion côtière a eu raison de ce bâtiment emblématique du littoral français. Édifié dans les années 1930 à seulement 65 mètres de l'océan, ce sanatorium tourné vers l'Atlantique devait offrir aux malades de la tuberculose entre autres, , les bienfaits conjugués du soleil et de l'air marin. C'était sans compter la montée des eaux, qui depuis des décennies, grignote les littoraux. Selon l'observatoire de la côte de Nouvelle-Aquitaine, la position de l'institut Hélio Marin correspond déjà au trait de côte attendu à l'horizon 2040. En France, près d'un quart du littoral est aujourd'hui en recul. Dans les landes, l'érosion atteint en moyenne 1.7 mètres par an. Face à cette réalité, le site de l’ancien Institut Hélio Marin se trouvait sous la menace directe de l’océan. "Pour éviter que le bâtiment ne parte en morceaux dans la mer, il fallait le détruire" , expliquait en 2021 Jean-Luc Delpuech (source AFP) , alors vice-président du Département des Landes et ancien maire de Labenne. Détruire, oui, mais pas n’importe comment. La même année, la commune de Labenne, qui s’était portée acquéreuse du site désaffecté depuis 2007, a cédé la parcelle au Conservatoire du littoral pour 1,7 million d’euros. L’objectif était d empêcher tout réaménagement voué à l’échec face à l’érosion côtière et permettre la renaturation de la dune, afin de redonner au cordon dunaire son rôle de protection naturelle.

Il ne faut pas lutter contre l'érosion, mais imaginer des solutions basées sur la nature pour ralentir son évolution. Par exemple, un marais protège mieux qu’une digue.

Laure Guilhem Tauzin, déléguée adjointe Aquitaine du Conservatoire,( La Tribune 17/01/2026)

Ici, pas de digues, ou de protections lourdes. Le bâtiment est démoli pour redonner de l'espace au cordon dunaire, appelé à jouer son rôle de tampon naturel entre l'océan, la forêt et les zones habitées situées en arrière. Une décision qui s'inscrit dans la stratégie foncière du Conservatoire du Littoral depuis 1979. Entre Labenne Océan et Capbreton, l’établissement public a progressivement acquis 213 hectares de dunes et de forêts afin de sanctuariser ces espaces et d’empêcher toute nouvelle urbanisation dans des zones directement exposées à l’érosion côtière. "Les travaux de déconstruction et de renaturation de l'institut Hélio Marin, engagés en mars 2025, doivent s’achever en 2026, avec une phase finale consacrée à la restauration dunaire et au suivi écologique", confirme le Conservatoire du Littoral.

Qui paiera l'érosion côtière ?

Si le Conservatoire du littoral dispose d'outils fonciers pour accompagner localement le repli et la renaturation, ses moyens restent par nature limités au regard de l'ampleur du phénomène. À l'échelle nationale, l'érosion côtière ne menace plus seulement des paysages. Selon les travaux du Climat et territoires de Demain (CEREMA), ce sont 50 000 logements qui pourraient être exposés au recul du trait de côte d'ici la fin du siècle, auxquels il faut ajouter, routes, campings, zones d'activités, etc... Cette vulnérabilité pose la question du coût de l’adaptation. Dans ses évaluations prospectives, le Ministère de la Transition écologique évoque plusieurs dizaines de milliards d’euros à l’horizon 2100, en intégrant les besoins de relocalisation, de déconstruction, d’acquisitions foncières et de renaturation. Or, ces dépenses restent aujourd’hui largement sous-anticipées, tant dans les budgets nationaux que dans ceux des collectivités locales, alors même que le phénomène est progressif, irréversible et appelé à s’étendre.

Les collectivités en première ligne

Depuis la loi Climat et résilience de 2021, les communes ont hérité de la gestion du trait de côte, dont 500 se sont déclarées menacées par l'érosion côtière, avec une grande partie située en Outre-mer. De nombreuses collectivités n’ont pas attendu pour agir. 12 % des communes concernées par l’obligation d’adapter leur politique d’aménagement, figurant dans le décret-liste du 29 avril 2022, ont déjà engagé des études. Toutes s’accordent toutefois sur un point : elles ne pourront pas, seules, financer les mesures urgentes liées au réaménagement des zones impactées. Une solidarité nationale apparaît d’autant plus nécessaire que l’ensemble du pays bénéficie des littoraux. Selon Jean-Philippe Lacoste, président de l’Union européenne des littoraux, " les différentes propositions portées ces dernières années, notamment par Sophie Panonacle, députée de Gironde , visant à créer des ressources dédiées à l’érosion côtière, se sont toutes heurtées à une fin de non-recevoir du ministère des Finances". Bercy ne veut pas créer de nouveaux outils fiscaux, et renvoyer les collectivités littorales vers les leviers existants, en particulier la taxe de séjour et les taxes sur les résidences secondaires. Une approche qui favorise de fait les territoires touristiques les plus riches, tout en laissant de nombreuses communes, notamment les plus petites ou en Outre-mer, sans solution à la hauteur des enjeux. Dans ce contexte, les autres dispositifs apparaissent eux aussi insuffisants. Le fonds Barnier n’est mobilisable que de manière très limitée, l’érosion étant jugée "prévisible" et donc hors de son périmètre, sauf en cas de submersion marine liée à une tempête. La taxe Gemapi, plafonnée à 40 euros par foyer fiscal, ne permet pas davantage de répondre à des besoins estimés à long terme en dizaines de milliards d’euros. Quant au fonds vert, souvent cité comme levier d’appoint, son enveloppe a été divisée par deux, réduisant encore les marges de manœuvre des collectivités. À ce stade, l’adaptation du littoral repose donc essentiellement sur des expérimentations locales, des financements exceptionnels et la capacité fiscale des territoires, sans cadre national pérenne. À lire aussi

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