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Montée des eaux / Risque et prévention

Qui l'eût "crue"? En Gironde, un futur site Seveso validé en zone inondable.. puis inondé

.À l’heure où les inondations s’intensifient, la décision d’implanter la future raffinerie portée par Electro Mobility Materials Europe (EMME), classée Seveso seuil haut et située en zone inondable au nord de Bordeaux, soulève des interrogations. Comme le rapporte Le Canard Enchaîné, le projet a pourtant reçu un avis favorable malgré les réserves exprimées lors de l’enquête publique.

Par Nicolas Vignot
Paru le 03/03/2026

Qui l'aurait "crue"? L’eau agit parfois comme un révélateur, mettant à nu nos certitudes techniques et nos paris industriels. Dans son édition du 27 février 2026, Le Canard enchaîné révèle qu’une commission d’enquête publique a rendu, le 17 février, un avis favorable à l’implantation d’une raffinerie de nickel et de cobalt classée Seveso seuil haut, en zone inondable, au nord de Bordeaux et au bord de la Garonne. Le lendemain, rapporte l’hebdomadaire, la tempête Pedro frappe le secteur et le terrain prévu pour le projet se retrouve sous l’eau. Les images circulent rapidement. Florence Bougault, administratrice de la Sepanso Gironde, fédération d’associations de protection de la nature en Gironde, filme le site clairement inondé. "La Garonne déborde et la zone est saturée d’eau", commente-t-elle, les pieds dans l’eau. Dans le même temps, la préfecture assure que les crues "n’ont pas affecté le site retenu pour l’implantation du projet". Deux lectures opposées d’un même épisode.

85 % d'avis défavorables

Cette controverse intervient alors que l’enquête publique a suscité une forte mobilisation. Au total, 1 808 personnes se sont exprimées et selon Le Canard enchaîné, 85 % ont "taclé le projet". Associations et collectifs ont également formulé des réserves. Malgré cette opposition majoritaire, les commissaires ont estimé que "les incertitudes techniques, notamment sur le risque inondation", avaient été "levées" par le porteur du projet, la société Electro Mobility Materials Europe (EMME). Son PDG, Antonin Beurrier, n’a pas souhaité répondre aux questions du journal satirique. La directrice générale, Sylvie Dubois-Decool, a déclaré à La Tribune du 23 février 2026 que "les autorisations d’urbanisme étaient espérées avant l’été". Pour répondre au risque de crue, l’entreprise prévoit de rehausser le site à 5,50 mètres en apportant 500 000 m³ de remblais sur 15 hectares. Elle se base sur la crue de 1999, lorsque l’eau avait dépassé les 4 mètres, et y ajoute 1,20 mètre de marge. Mais ce calcul est contesté. Selon Le Canard enchaîné, le Conseil scientifique de l’estuaire de la Gironde rappelle que les travaux scientifiques récents montrent une amplification progressive de la marée dans la Garonne, une tendance appelée à se poursuivre et qui ne serait pas pleinement intégrée aux scénarios retenus. Sur l’autre rive, la commune de Saint-Louis-de-Montferrand, classée en zone d’extrême danger pour le risque inondation, redoute que ces remblais ne modifient l’écoulement du fleuve et n’augmentent les risques de submersion sur sa rive. La Sepanso Gironde évoque, elle, la construction d’une "immense digue" qui empêcherait l’eau de s’étaler sur une zone jouant aujourd’hui un rôle d’éponge naturelle.

"Un site d'intérêt national majeur"

Le projet, estampillé "d’intérêt national majeur" par le Premier ministre, représente 515 millions d’euros d’investissement, dont "240 millions d’aides publiques", selon les chiffres rapportés par Le Canard enchaîné. L’usine doit produire 20 000 tonnes de sulfates de nickel et 3 000 tonnes de sulfate de cobalt par an, destinés aux batteries électriques. Alors que les inondations s’intensifient et que la France vient de connaître un épisode d’ampleur historique, implanter une installation classée Seveso en zone inondable demeure-t-il un choix compatible avec les objectifs d’adaptation climatique ? Le projet implique en outre la manipulation de substances toxiques et miscibles dans l'eau, avec des risques potentiels pour l'environnement en cas de submersion. À l’heure où certains projets sont déclarés "d’intérêt national majeur", ne faudrait-il pas considérer les zones inondables comme des espaces à protéger en priorité, plutôt que comme des terrains constructibles ? Affaire à suivre... Source le Canard Enchainé du 27 février 2026

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