Gestion de l'eau
À La Réunion, 205 milliards de litres d’eau brute finissent dans l’océan
20/05/2026
Des plongeons dans le canal Saint-Martin, des baignades dans la Seine, des fontaines prises d'assaut... Lorsque les températures grimpent, les habitants se tournent spontanément vers l'eau. Un réflexe qui interroge la place de cette ressource dans un monde qui se réchauffe.
Par Nicolas Vignot
Paru le 31/05/2026
Cela ne vous a sans doute pas échappé. Alors que les températures oscillaient entre 30 et 35°C à Paris ces derniers jours, les réseaux sociaux diffusaient en boucle des scènes de liesse autour du canal Saint-Martin. Des dizaines de personnes s'y sont baignées, bravant l'interdiction. Certains ont même plongé depuis les passerelles, poussant les forces de l'ordre à intervenir à plusieurs reprises. Le Parisien rappelle que la faible profondeur du canal, les obstacles immergés, la circulation fluviale ou encore la qualité de l'eau sont autant de risques qui n'ont pas suffi à dissuader les baigneurs.
Cette scène pourrait être rangée dans la catégorie des faits divers estivaux. Pourtant, derrière ces baignades urbaines improvisées s'exprime le besoin instinctif de se tourner vers l'eau lorsque la chaleur devient insoutenable. La baignade demeure l'un des moyens les plus immédiats de lutter contre elle. Dans les grandes villes comme Paris, les épisodes de canicule sont souvent plus difficiles à supporter. Le béton, l'asphalte et les bâtiments emmagasinent la chaleur durant la journée avant de la restituer lentement une fois la nuit tombée. Les climatologues parlent d'îlots de chaleur urbains . Au cœur de la capitale, "la température peut encore avoisiner les 25°C en pleine nuit, quand elle descend entre 16 et 18°C dans les zones rurales de la grande couronne francilienne" , d'après Météo France . Avec les températures qualifiées "d'inédites" pour un mois de mai, les organismes sont mis à rude épreuve. Le corps humain est composé à près de 60% d'eau et oblige de s'hydrater pour maintenir sa température autour de 37°C. Lors des épisodes de fortes chaleurs, la transpiration s'intensifie afin d'évacuer l'excès de chaleur, entraînant d'importes pertes hydriques. La diététicienne Pauline Solioz estime que"le corps peut ainsi perdre jusqu'à 2.5 litres d'eau par jour en période canicule". Dès lors boire, se mouiller ou se baigner ne relèvent plus seulement du confort. Ces gestes participent à l'équilibre de l'organisme. Face à la chaleur, l'eau cesse d'être un simple élément du paysage. Elle redevient une nécessité. Une réalité que Thalès de Milet pressentait déjà lorsqu'il voyait dans l'eau la source de toute vie. "N'est-ce pas elle qui fait pousser les végétaux, désaltère l'homme et irrigue les champs ? ", s'interrogeait le philosophe grec au VIe siècle avant notre ère.
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Cette quête de fraîcheur pourrait devenir de plus en plus fréquente. Fin mai, l'Organisation météorologique mondiale (OMM) a averti que les températures mondiales devraient rester à des niveaux records ou proches des records au cours des cinq prochaines années. Selon l'agence de l'ONU, "il existe 75 % de probabilité que la température moyenne mondiale sur la période 2026-2030 dépasse de plus de 1,5°C les niveaux préindustriels". Les onze dernières années ont déjà été les plus chaudes jamais enregistrées. Les projections de l'OMM indiquent "qu' une année comprise entre 2026 et 2030 a 86 % de chances de battre le record actuel détenu par 2024". Autrement dit, les vagues de chaleur que nous connaissons aujourd'hui pourraient devenir de moins en moins exceptionnelles. Les collectivités commencent d'ailleurs à intégrer cette réalité. À Paris, la réouverture progressive de sites de baignade dans la Seine illustre cette évolution. Après plus d'un siècle d'interdiction, plusieurs espaces ont rouvert ces dernières années. Selon les services de l'État en Île-de-France, plus de 150 000 personnes ont fréquenté les premiers sites de baignade ouverts dans la Seine et la Marne lors de la saison 2025.
La Ville de Paris recense désormais près de "1 400 lieux de fraîcheur", parmi lesquels des fontaines, des brumisateurs, des parcs, mais aussi des espaces de baignade urbaine. Longtemps tenus à distance ou réduits à leur fonction de transport, les fleuves et les rivières redeviennent des lieux de vie. Les plongeons observés dans le canal Saint-Martin ne racontent donc pas seulement une baignade interdite. Ils témoignent d'une réalité plus profonde : dans un monde qui réchauffe, les cours d'eau reprennent une place centrale dans nos villes. Source de fraîcheur, refuge lors des canicules et condition même du vivant, l'eau apparaît plus que jamais comme un bien commun dont dépendra une partie de notre capacité à habiter les territoires de demain. À lire aussi
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