Gestion de l'eau
À La Réunion, 205 milliards de litres d’eau brute finissent dans l’océan
20/05/2026
Longtemps perçue comme une ressource acquise pour la production d'électricité, l'eau devient à son tour un sujet de préoccupation pour EDF. Face à des fleuves plus chauds, des étiages plus sévères et des événements climatiques extrêmes, l'énergéticien multiplie les investissements pour adapter ses centrales nucléaires et ses barrages.
Par Nicolas Vignot
Paru le 03/06/2026
Quand on s'aperçoit que tout dépend de l'eau... Agriculture, alimentation en eau potable, industrie, mais aussi production électrique. Alors que la France mise sur l'électrification pour réduire sa dépendance aux énergies fossiles, EDF reconnaît à son tour que le réchauffement climatique représente désormais un défi majeur pour ses centrales nucléaires et ses barrages. "Si nous ne sommes pas résilients, le reste de l'économie ne l'est pas. Et, plus on va s'électrifier, plus la pression sera forte sur nous", souligne Carine de Boissezon, directrice Impact chez EDF, lors d'une présentation à la presse organisée sur le site de recherche et développement de Chatou, dans les Yvelines.
Le sujet est stratégique pour l'énergéticien public. En France, le nucléaire assure près de 68 % de la production d'électricité tandis que l'hydroélectricité en représente environ 13 %. Deux filières qui ont un point commun : la dépendance à l'eau. Les réacteurs nucléaires ont besoin d'une source froide pour leur refroidissement tandis que les barrages dépendent directement des débits des cours d'eau et des précipitations. Pour faire face à l'évolution du climat, EDF prévoit d'adapter ses installations. L'entreprise consacre aujourd'hui 150 millions d'euros par an à l'adaptation climatique et prévoit de porter ce montant à 600 millions d'euros d'ici quinze ans. Concrètement, l'entreprise envisage de développer de nouvelles capacités de stockage temporaire des eaux de refroidissement. Ces réservoirs permettraient de conserver une partie des eaux utilisées par les centrales lorsque les conditions de rejet dans les fleuves deviennent défavorables L' énergéticien mise également sur des dispositifs dits "aéroréfrigérants de purge". Déjà utilisés sur le site de Civaux, ces équipements permettent de refroidir davantage les eaux avant leur rejet dans le milieu naturel. L'objectif est de réduire au maximum l'échauffement des cours d'eau lors des épisodes de fortes chaleurs, lorsque les températures des fleuves atteignent déjà des niveaux élevés.
Dans 10 ans, 20 ans, les étiages seront sans doute plus longs, plus secs
→ Cécile Laugier, directrice environnement à la division nucléaire d'EDF.
Du côté de l'hydroélectricité, EDF prévoit 4,5 milliards d'euros d'investissements d'ici 2035 afin de moderniser ses ouvrages et renforcer leur capacité à faire face aux crues comme aux sécheresses. Aujourd'hui déjà, les variations climatiques peuvent avoir des conséquences importantes sur la production. "Entre une année très sèche et une année très humide, on peut avoir plus ou moins 20 TWh d'écart", rappelle Laurent Bellet, responsable climat et adaptation à EDF Hydro. Au delà de la protection de ses installations, l'enjeu est de maintenir sa capacité à produire une électricité appelée à accompagner l'électrification de l'économie française.
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Les épisodes de températures élevées des cours d'eau et les faibles débits observés lors des périodes de sécheresse constituent déjà une contrainte pour certaines centrales nucléaires. Selon les données présentées par EDF dans son programme d'adaptation au changement climatique publié en 2024, les pertes de production liées aux contraintes environnementales représentent environ 0,3 % de la production nucléaire annuelle. Le groupe estime que cette part pourrait atteindre 1,4 % à l'horizon 2035 puis 1,5 % en 2050 si les températures des cours d'eau continuent d'augmenter malgré les mesures d'adaptation prévues. Une interrogation demeure toutefois: jusqu'où les infrastructures pourront-elles s'adapter à l'évolution des cours d'eau ? Si les technologies permettent de gagner en souplesse, elles ne modifient pas les caractéristiques des fleuves. Débits plus faibles, températures plus élevées ou étiages prolongés pourraient réduire les marges de manœuvre dont disposent les exploitants. Dans un rapport publié en 2024, la Cour des comptes appelait les exploitants nucléaires et hydroélectriques à renforcer leurs actions d'adaptation face à une pression croissante sur la ressource en eau. Alors que la France entend poursuivre son électrification et accueillir de nouveaux usages énergivores, comme les data centers, pourra-t-on concilier production d'électricité, préservation des milieux et disponibilités de la ressource en eau ? Water Guette avec AFP Photo de une : EDF À lire aussi
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