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Pedag’eau / eaux douces

Brûlures : de l’eau pour soulager, de l’eau pour sauver

De la brûlure domestique aux cas les plus graves, l’eau accompagne chaque étape du soin. Un rôle vital que détaille le professeur Marc Chaouat, spécialiste de la prise en charge des grands brûlés à l’hôpital Saint-Louis à Paris, interrogé par Water Guette.

Par Nicolas Vignot
Paru le 05/03/2026

Grands brûlés de Clément Marion

Ne l’aurait-on oublié ? Les êtres humains sont composés d’environ 60 % d’eau. Cette évidence biologique rappelle que nous faisons pleinement partie de l’écologie terrestre. Parler d’eau, c’est donc aussi parler de nous-mêmes. Et lorsqu’une brûlure survient, c’est souvent l'eau qui devient notre premier allié.

L'eau premier geste face à la brûlure

En cas de brûlure, les secouristes rappellent un réflexe simple : faire couler de l’eau fraîche sur la zone atteinte pendant au moins dix minutes, sans pression. Ce refroidissement limite l’extension des lésions et atténue la douleur. Les spécialistes déconseillent en revanche les "remèdes de grand-mère" comme le beurre ou le dentifrice, qui peuvent aggraver la situation. L’eau reste la première réponse. Les projections de produits chimiques nécessitent elles aussi un rinçage abondant et immédiat, afin d’éliminer la substance en cause. En cas de brûlure oculaire, l’œil doit être rincé longuement à l’eau en évitant que le liquide ne s’écoule vers l’autre œil. Quant aux brûlures électriques, elles doivent toujours être considérées comme graves et nécessitent une prise en charge urgente. En France, ces accidents restent fréquents. Chaque année, près de 400 000 personnes consultent pour une brûlure, le plus souvent à la suite d’accidents domestiques. Environ 10 000 patients sont hospitalisés, certains dans des services spécialisés pour grands brûlés. Les formes les plus sévères sont notamment définies par l’étendue des lésions : chez les enfants de moins de cinq ans, une brûlure est considérée comme grave lorsqu’elle couvre au moins 20 % de la surface du corps ou atteint les voies respiratoires. Au-delà de cet âge, le seuil retenu est généralement de 30 %. Les accidents récents survenus à Crans-Montana, en Suisse, où plusieurs personnes sont décédées ou ont été grièvement brûlées, rappellent à quel point ces blessures peuvent être dramatiques et complexes à prendre en charge. Lorsque les brûlures sont étendues, l’eau ne se limite plus à un geste de secours, elle devient un traitement vital.

Photo des grands brûlés de Clément Marion

"À partir de 20 % ou 30 % de surface brûlée, cela devient clairement vital" ( Photo ©Clément Marion)

Chez les grands brûlés, l'eau devient vitale

Pour mieux comprendre ce rôle central, Water Guette a interrogé le professeur Marc Chaouat, chirurgien esthétique à Paris à l’hôpital Saint-Louis, établissement de référence dans la prise en charge des grands brûlés. Selon lui, l’organisme perd alors des quantités considérables de liquide. "Les pertes d’eau chez un grand brûlé sont particulières parce qu’il y a des pertes visibles et invisibles", explique le chirurgien. Les plaies peuvent suinter et mouiller les pansements, tandis qu’une autre partie de l’eau quitte les vaisseaux sanguins pour s’accumuler dans les tissus sous forme d’œdèmes. "Cette eau est dans le patient, mais elle n’est plus efficace pour le volume sanguin". Les besoins en eau apparaissent déjà lorsque 10 % de la surface corporelle est brûlée, mais la situation devient critique lorsque les lésions s’étendent. "À partir de 20 % ou 30 % de surface brûlée, cela devient clairement vital". La prise en charge doit alors être immédiate. "Dès qu’un patient grand brûlé est pris en charge, on lui met une perfusion, parfois deux. On commence immédiatement ce que nous appelons le remplissage". L’objectif est de compenser rapidement les pertes de liquide afin de maintenir la circulation sanguine. "Si on ne fait pas la perfusion immédiatement et qu’on la fait plusieurs heures après, il y a déjà une perte de chance pour le patient". Pour estimer les besoins en liquide, les médecins utilisent des règles de calcul basées sur le poids du patient et l’étendue des brûlures. L’une d’elles consiste à administrer 2 litres auxquels s’ajoutent 2 millilitres par kilo et par pourcentage de surface brûlée. Dans l’exemple donné par le professeur Chaouat, un patient de 100 kilos brûlé à 50 % du corps recevra environ 12 litres de liquide en 24 heures. "C’est énorme", reconnaît-il. La moitié de ce volume doit être perfusée dans les huit premières heures, période durant laquelle le risque de choc lié à la perte d’eau est le plus élevé. Mais cette réhydratation doit être ajustée en permanence. "Trop d’eau peut aussi devenir un risque", prévient le chirurgien, notamment en raison d’œdèmes pulmonaires possibles. Les équipes médicales surveillent donc attentivement plusieurs indicateurs, en particulier la quantité d’urine produite par le patient. "Si le patient urine insuffisamment, c’est qu’il manque d’eau. Mais s’il urine correctement, il ne faut pas en donner davantage". Au-delà des perfusions, l’eau reste également au cœur des soins quotidiens. "Pour nettoyer un brûlé et faire les pansements, tout commence toujours par un nettoyage à l’eau ou au sérum physiologique". Du premier geste de secours jusqu’aux soins hospitaliers les plus spécialisés, l’eau accompagne donc chaque étape du traitement des brûlures. Une réalité qui rappelle que l’eau n’est pas seulement une ressource environnementale : elle est aussi la condition même de notre équilibre biologique. Parler d’eau, c’est donc parler de la vie. Spécial remerciement au photographe ©Clément Marion qui nous a gentiment prêté la photo de une issue de la série Phoenix-Grands Brûlés (lien vers le site) À lire aussi

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