Pedag’eau
PFAS : comprendre l'empreinte toxique mondiale
26/02/2026
La rédaction,
Le 02/03/2026
-Autonomie fourragère grâce au stockage -70 retenues pour 5 000 fermes -Pas une solution miracle climatique
À Marcolès, dans le Cantal, Yohan Prat a mis dix ans à concrétiser son projet de retenue collinaire. Le lac, d’une capacité de 23 000 m³, est en service depuis l’été 2023. Dans ce territoire aux sols "très séchants", les cultures de maïs étaient "très régulièrement impactées par la sécheresse". L’éleveur explique qu’il devait augmenter les surfaces pour compenser les pertes. Désormais, avec "15 hectares de maïs ensilage", il se dit "totalement autonome". La retenue capte les eaux de ruissellement d’un bassin versant de 14 hectares. À la demande de la Direction départementale des territoires(DDT), l’ouvrage a été "complètement déconnecté" afin qu'en période d’étiage, l’eau rejoigne le milieu naturel. Pour Yohan Prat, l’intérêt est aussi hydraulique : lors de fortes pluies, "le lac monte et relâche l’eau progressivement". Il résume sa conviction en une formule :"100 % de l’eau qui arrive à la rivière part se faire saler à la mer."
Pourtant, dans ce département qui compte près de 5 000 exploitations, seules 70 retenues de ce type existent. Vincent Nigou, chargé de mission à la chambre d’agriculture du Cantal, rappelle que la plupart datent des années 1970 à 1990, avant la loi sur l’eau de 1992. Les nouveaux projets restent rares et longs à monter, dans un territoire situé en tête de bassin versant, au "chevelu de cours d’eau très dense". Côté scientifique, Nadia Carluer, ingénieure à l’Inrae, refuse d’y voir "une solution miracle". Elle souligne que ces ouvrages, souvent implantés en talweg ou sur d’anciennes zones humides, ont "un impact écologique non négligeable" et que "compter sur les retenues collinaires n’est pas réaliste" pour prévenir les crues. L’agroclimatologue Serge Zaka élargit encore le débat : "on ne peut pas baser tous nos espoirs sur une retenue". Selon lui, multiplier les stockages sans transformer les systèmes agricoles constitue une "maladaptation". Il insiste sur le rôle des sols : "un sol vivant est un sol qui stocke mieux l’eau", et prévient "qu'on ne pourra pas remplir la réserve en eau tous les hivers".
Info+ Water Guette
Une retenue collinaire est un réservoir artificiel creusé en amont d’un bassin versant pour stocker l’eau de pluie et de ruissellement en hiver. Elle sert principalement à l’irrigation ou à l’abreuvement du bétail en été. Contrairement aux "bassines", elle n’est pas alimentée par pompage direct dans une nappe profonde, mais par les écoulements naturels. Son impact dépend de son implantation et du respect de la déconnexion des cours d’eau en période sèche.
Source L' Echo Républicain du 02 mars 2026
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