Gestion de l'eau
PFAS dans l’eau, le pollueur commence à payer, l’usager paiera le reste
08/10/2026
Touchée par une sécheresse historique, la Bretagne voit ses réserves d’eau potable s’amenuiser de jour en jour. Sans pluies conséquentes dans les semaines à venir, la menace d’une rupture d’alimentation en eau potable est de plus en plus forte.
Par Manuella Binet
Paru le 15/10/2026
Il a plu un peu ces derniers jours en Bretagne. Un petit crachin qui ne suffira pas. Il faudra bien plus de précipitations pour que les réserves de la région, largement entamées en ce début d’automne, se reconstituent. "On est en train de vivre une situation qu’on a jamais vécu", souffle Jean-Marc Goarnisson, chef du service eau et assainissement au département du Finistère. Après un été caniculaire particulièrement sec, la Bretagne reste aujourd’hui la seule région toujours au niveau maximal de crise sécheresse et les alertes se multiplient : faute de pluie ces derniers mois pour remplir les lacs et les barrages, il ne reste plus que quelques semaines de réserve d'eau potable. La situation est critique dans la région, dont 70 % de l’eau potable provient de l’eau de surface (lacs, rivières, barrages) et 30 % seulement des nappes phréatiques. Cette dépendance aux eaux de surface s’explique en partie par la géologie bretonne. Selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), le sous-sol, principalement constitué de roches anciennes comme le granite et les schistes, abrite une multitude de petites nappes souterraines, dont les capacités de prélèvement sont variables et parfois limitées. "Après l’hiver le plus pluvieux jamais enregistré en Bretagne, on a connu depuis mars des déficits pluviométriques constants. La sécheresse qui frappe la région a été accentuée par les épisodes de chaleur de cet été", explique Stéven Tual, météorologue, fondateur de Temps Breton. Si habituellement, la pluie revient généralement en septembre ou octobre, ça n’a été pas le cas cette année. Ces pluies automnales sont pourtant très importantes, car elles permettent de recharger les réserves d’eau.Les Côtes-d’Armor et le Finistère sont les deux départements les plus impactés. Avec une pluviométrie en déficit de 60 % sur les trois derniers mois, début octobre, la situation des principales retenues d’eau finistériennes était alarmante : le barrage du Drennec n’était rempli qu’à 32 %, le réservoir de Saint-Michel à 11 %, le lac de Brennilis à 12 % et celui de Moulin-Neuf, au sud du département, à 46 %. Et selon le dernier bulletin du Bureau de recherches géologiques et minièress (BRGM), publié début octobre, 94 % des nappes phréatiques bretonnes sont à un niveau en dessous de la normale.
Dans le Finistère, la situation est telle que les mesures exceptionnelles se multiplient. "On ne respecte plus du tout les débits minimaux des cours d’eau. On sacrifie les rivières pour l’eau potable, car elle est essentielle", admet Jean-Marc Goarnisson. Dans le nord du département, une dérogation préfectorale permet depuis quelques jours de prélever de l’eau dont la concentration en nitrates dépasse la limite réglementaire de 50 mg par litre. Cette eau est ensuite diluée avant d’être potabilisée. "On déroge sur tout on prend tout ce qu'on a."Au barrage du Drennec, les vannes de fond ont également été ouvertes pour la première fois, afin de mobiliser l’eau stockée au fond de la retenue et de la mélanger à l’eau de surface encore disponible. Malgré toutes ces mesures, les élus finistériens comptent les jours restants avant de possibles coupures d'eau. Dans le pays de Landivisiau, sans pluies efficaces d’ici là, la pénurie est prévu pour le 3 novembre. À Châteaulin, l’eau pourrait manquer dès le 7 novembre. À Brest, le maire a prévenu : si habitants et industriels ne baissent pas leur consommation de moitié dès maintenant, il n’y aura plus d’eau au robinet d’ici un mois. "Les coupures d’une ou deux heures la nuit sont une solution de dernier recours car elles peuvent générer des problèmes de qualité de l’eau et de la casse sur le réseau", détaille Jean-Marc Goarnisson. Alors, pour éviter d’en arriver là, la préfecture du Finistère n’écarte pas de déclencher le plan Orsec (un plan d'urgence de gestion de crise) début novembre et envisage d’avoir recours au dessalement de l’eau de mer à Concarneau notamment, au citernage, à la baisse de pression aux robinets, ou à la distribution de bouteilles d’eau. De son côté, le préfet des Côtes-d’Armor a une nouvelle fois appelé les costarmoricains à baisser leur consommation d’eau potable le 9 octobre.
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Si la situation est critique à l’ouest de la Bretagne, elle l’est un peu moins à l’est. L’Ille-et-Vilaine, alimentée en partie par des barrages situés dans les Côtes-d’Armor et le Morbihan, s’en sort un peu mieux. Créé il y a trente ans pour anticiper les risques de pénurie, le Syndicat mixte de gestion de l’eau 35 (SMG Eau 35) dispose de plusieurs solutions de secours en cas d’épuisement des réserves. Il pourrait notamment prélever de l’eau dans des étangs situés en amont des barrages alimentant le réseau d’eau potable, voire dans des étangs privés si la situation l’exigeait.Mais certains territoires restent particulièrement touchés. "Pour l’instant, il y a trois secteurs fortement impactés : les pays de Saint-Malo, Vitré et Fougères", détaille Olivier Vincent, directeur du SMG Eau 35. Malgré les restrictions en vigueur, il constate que la consommation d’eau ne diminue pas. " Il faut travailler autour de la sobriété. Les gens doivent être informés qu’une consommation normale d’eau se situe autour de 30 m³ par personne et par an. Aujourd’hui, on est plus autour de 40 m³."Le directeur du SMG eau 35 appelle, comme les élus, les Bretons à réduire leur consommation autant que possible. Car les impacts de cette sécheresse historique pourraient se prolonger et même se répercuter dès l’an prochain. "Les cycles de sécheresse sont plus longs en Bretagne qu’ailleurs, car les pluies efficaces, celles qui rechargent la ressource, tombent en automne. Mais dès le mois de mars, l’évapotranspiration commence déjà à faire baisser le niveau des réserves d’eau. Il faut absolument qu’on ait un hiver pluvieux ou la crise sera double l’an prochain, avec des difficultés beaucoup plus graves qui arriveront beaucoup plus tôt", alerte Stéven Tual. Un scénario catastrophe redouté dans le Finistère. "Dans notre schéma départemental d’alimentation en eau potable, une sécheresse estivale suivie d’une sécheresse hivernale, c’était une projection pour 2050. Mais avec le réchauffement climatique, tout s’accélère. On espère qu’on ne va pas vivre cette situation dès l’année prochaine, car on n’est pas prêt", s’inquiète Jean-Marc Goarnisson. Pour l’instant, si la fin du mois d’octobre devrait être sèche dans la région, les tendances saisonnières laissent espérer des mois de novembre et décembre plus pluvieux que la normale. "Mais ces tendances sont à prendre avec des pincettes, elles ne sont fiables qu’à 70 %", tempère Stéven Tual. À lire aussi
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