Gestion de l'eau
Étang de Thau: quand les réseaux d'eaux débordent, les huîtres trinquent
02/04/2026
Si la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) nécessite de lourds investissements, elle pourrait permettre de préserver la ressource en eau dans les villes ou dans les champs, à condition d’être déployée dans les bonnes conditions, à l’heure où les sécheresses et les restrictions se multiplient.
Par Manuella Binet
Paru le 16/07/2026
Fin juin 2026, en pleine canicule, sept usines du pays de Pontivy (Morbihan) sont privées d'alimentation en eau pendant cinq jours. Face aux tensions sur la ressource, les autorités choisissent de réserver l'eau disponible à l'approvisionnement de la population et de l'hôpital. Parmi ces entreprises figure le groupe Altho, dont les deux usines pontivyennes produisent les chips Brets. Quelques jours plus tard, l'entreprise annonce investir 3,5 millions d'euros sur ses deux sites de production "pour mettre en place un dispositif de réutilisation des eaux industrielles traitées"(REUT). Objectif affiché : "réduire de 30 % supplémentaires la consommation d'eau par kilogramme de chips produit d'ici 2031". Au-delà de ces économies d'eau, cet investissement doit aussi permettre d'éviter un nouvel arrêt de la production si le réseau d'eau potable venait à être de nouveau coupé en période de sécheresse. Un argument qui pourrait convaincre d'autres entreprises agroalimentaires, grandes consommatrices d'eau, d'investir à leur tour dans la REUT. La réutilisation des eaux usées traitées (REUT) consiste à réutiliser des eaux usées, après traitement, afin de limiter les prélèvements dans les milieux naturels et le recours à l'eau potable. Une fois traitées en station d'épuration, les eaux usées sont classées en fonction de leur qualité, de A, qui permet notamment l'irrigation des cultures et l'arrosage des espaces publics, à D, réservée à des usages plus restreints. Selon Eaufrance, elles peuvent ensuite être réutilisées pour certains usages spécifiques, comme l'irrigation agricole, les activités industrielles ou encore l'entretien des espaces verts (golfs, parcs, hippodromes, nettoyage des rues…), sous réserve d'une autorisation préfectorale. Cette pratique figure parmi les mesures du Plan Eau, présenté en 2023, qui ambitionne de multiplier par dix le volume des eaux réutilisées d'ici 2030. Selon le Cerema, la REUT représentait en 2020 moins de 1 % du volume des eaux traitées en France. À titre de comparaison, à la même période, ce taux atteignait 14 % en Espagne et environ 8 % en Italie.
Si la REUT peut contribuer à préserver une ressource en eau de plus en plus sous tension, son déploiement se heurte à plusieurs freins. Le post-traitement des eaux usées représente un investissement très coûteux pour les stations de traitement d'épuration d'eaux usées (STEU), souvent gérées par des collectivités locales aux budgets contraints. Pour être réutilisées, les eaux doivent subir un traitement complémentaire afin d'éliminer les sédiments, les bactéries et les micropolluants qui subsistent à la sortie de la station d'épuration. Selon les usages envisagés, elles passent ensuite par différentes étapes, comme la filtration ou la décantation lamellaire, qui permettent de la débarrasser des sédiments et des matières organiques. Puis la désinfection par ultraviolets, et enfin des traitements destinés à éliminer les micropolluants. Autant d'équipements spécifiques qui alourdissent le coût des installations. Le déploiement de la REUT soulève aussi des enjeux environnementaux. "Si la REUT est recherchée comme mesure d'adaptation du territoire au changement climatique, elle ne sera opportune que si elle est accompagnée de mesures générales d'économie d'eau, de réfection des réseaux et qu'elle n'incite pas à augmenter la consommation d'eau", rappelait en 2020 le Cerema dans son rapport Réutilisation des eaux traitées : le panorama français. Les eaux usées traitées font en effet partie du cycle hydrologique. À la sortie des stations d'épuration, elles sont restituées aux cours d'eau. La REUT pourrait donc réduire leur débit, voire contribuer à l'assèchement de certains ruisseaux ou rivières, si elle n'est pas mise en œuvre en tenant compte de l'étiage, notamment en période estivale.
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Cette contrainte est au cœur du projet Life ReWa, porté par la Régie des Eaux de Montpellier. Grâce à ce projet pilote, tout juste lancé, la métropole espère recycler 110 000 m³ d'eau par an. Jusqu'ici, seuls 0,01 % des 32 millions de m³ d'eaux usées traitées chaque année par la douzaine de stations d'épuration sont réutilisés. "C'est une économie d'eau symbolique, reconnaît Anne-Bénédicte Wommelsdorf, cheffe de projet REUT à la Régie des Eaux de Montpellier, mais il y a un équilibre à définir entre la REUT et le maintien du débit d'étiage des cours d'eau." La Régie des Eaux de Montpellier a fait construire une unité de traitement mobile, un container installé successivement à la sortie des cinq stations d'épuration qui participent au projet afin de tester différents procédés de traitement. "Il s'agit de procédés membranaires (de la microfiltration jusqu'à l'osmose inverse) qui sont déclinés en fonction de la qualité d'eau souhaitée et suivis d'une désinfection aux UV ", détaille la coordinatrice du projet LIFE ReWa. Des unités de stockage de ces eaux recyclées, d'une capacité de 200 à 500 m³, ont été mises en place dans les stations d'épuration. "Nous sommes actuellement en phase de recherche sur la dégradation des eaux dans les stockages pour définir le délai de conservation de l'eau recyclée. Des analyses sont en cours." Une fois ces données recueillies et le procédé éprouvé, plusieurs usages seront possibles pour ces eaux : nettoyage des voiries, lutte contre les incendies, irrigation d'espaces verts urbains, utilisation agricole ou encore utilisation industrielle au sein des stations d'épuration. Coût du dispositif : 1 782 500 euros, financé par des fonds européens et régionaux ainsi que par l'Agence de l'eau.
L'un des obstacles les plus délicats à gérer pour la REUT est, selon Robin Furestier, conseiller municipal délégué de Barjac (Gard), où la station d'épuration a mis en place un système de REUT en interne, celui de "l'acceptabilité sociale de tout projet lié à la réutilisation des eaux usées. Toute initiative est confrontée à une défiance, liée à l'illusion d'une abondance de la ressource en eau, à la méfiance concernant les aspects sanitaires et de santé publique, et paradoxalement, à des objections concernant les risques de tels projets pour l'environnement ", a déclaré l'élu lors de la conférence REUSE EUROMED 2024. "Le monde agricole reste prudent vis-à-vis de la REUT, mais il y a une attente pour les autres usages, notamment de la part des entreprises et d'une partie de la population, qui voient le potentiel d'économie d'eau potable", estime de son côté Anne-Bénédicte Wommelsdorf. En attendant que les mentalités évoluent sur la question, un programme d'accélération de la REUT a été lancé il y a trois ans dans le cadre du Plan Eau. Les littoraux sont les principaux territoires concernés par ce programme, car les eaux usées qui y sont traitées retournent dans la mer et se salinisent. En trois ans, 40 projets sur tout le littoral français ont été sélectionnés et sont depuis accompagnés par le Cerema et l'Association nationale des élus du littoral dans l'élaboration d'études d'opportunité et de faisabilité, avant, peut-être, une application concrète sur leur territoire. À Lire aussi
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