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Montée des eaux / Risque et prévention

Fragilisé par l’érosion littorale, le tracé du GR 34 se redessine en Bretagne

Grignoté par le recul du trait de côte et victime des intempéries de cet hiver, le sentier littoral du GR 34, qui sillonne la Bretagne, doit se redessiner par endroits, quitte, parfois, à s’éloigner dans les terres pour rendre le tracé plus pérenne.

Par Manuella Binet
Paru le 10/06/2026

Gr34 va-t-il disparaître?

C’est l’un des sentiers de randonnée les plus empruntés en France : chaque année, 9 millions de promeneurs profitent de la vue imprenable sur les côtes bretonnes qu’offrent les 1 800 km du GR 34, qui longe la mer entre le Mont-Saint-Michel (Manche) et Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Mais, alors que la saison estivale et son flot de randonneurs arrivent à grands pas, le tracé s’écarte du front de mer à plusieurs endroits. À Saint-Quay-Portrieux (Côtes-d’Armor), Concarneau ou Crozon (Finistère), le sentier des douaniers, comme il est surnommé, a subi des dégradations l’hiver dernier : à certains endroits, les fortes pluies du début d’année ont entraîné des glissements de terrain et fragilisé des pans de falaises, qui, par endroits, se sont effondrés. En mars, 36 portions du sentier littoral breton étaient fermées rien que dans le Finistère, selon les signalements recensés par la Fédération de randonnée du département. " La pluviométrie exceptionnelle de cet hiver a accéléré le phénomène d’érosion du GR. Le ruissellement des eaux de pluie a fragilisé plusieurs portions autour de Crozon, confirme Yvan Sionneau, chef du service espaces naturels de la communauté de communes Presqu’île de Crozon – Aulne Maritime. C’est rare de voir autant d’effondrements de falaises en si peu de temps. Dans ces cas-là, notre priorité est de sécuriser le sentier : on ferme et on propose un chemin alternatif, car la continuité du GR 34 doit être maintenue." Fin mai, sur la presqu’île de Crozon, seuls trois tronçons abîmés cet hiver étaient encore fermés, mais des déviations permettaient aux randonneurs de poursuivre leur marche sans encombre.

Reculer un peu pour s’adapt­er

Pour mettre en place ces contournements, mairies et communautés de communes travaillent notamment avec la Fédération française de randonnée, dont les bénévoles s’occupent de baliser les nouveaux tronçons. "La plupart des déviations sont généralement provisoires. On recule au minimum du littoral et on essaie d’emprunter des chemins déjà existants", explique Mélanie Ausseray, agente de développement sentier au sein de la Fédération de randonnée du Finistère, qui participe aux réunions destinées à dessiner les nouveaux tracés du GR 34. "Le but est toujours de permettre que le sentier reste un sentier littoral, mais parfois, on est obligé de créer des contournements qui s’éloignent un peu de la mer, car c’est la seule solution." "Comme on a encore beaucoup de très beaux points de vue le long du littoral, il faut accepter un détour de quelques centaines de mètres lorsque c’est nécessaire. Le territoire a été modelé par l’érosion au fil des siècles, c’est à nous de nous adapter", abonde Yvan Sionneau. Des détours qui s’éloignent un peu de la mer pour assurer une continuité du sentier pérenne, c’est aussi la piste que suit Concarneau. Après les dégâts de cet hiver, la ville doit redessiner plusieurs portions du GR 34. Un défi pour la mairie, qui doit trouver des terrains et entamer des négociations avec les propriétaires, lorsque les parcelles sont privées, ce qui prend souvent du temps. Dans les Côtes-d’Armor, le maire de Saint-Quay-Portrieux, Thierry Simelière, est lui aussi déjà passé par ces démarches. Sa commune est traversée par 5 km de GR en zone urbaine. Les fortes pluies de l’hiver ont eu raison d’un tronçon, pourtant consolidé en 2024 par des travaux d’un montant de 90 000 €. Plusieurs portions devenues dangereuses ont aussi été fermées ces dernières années et déviées dans les rues de la ville, faute d’alternatives plus proches de la côte. En 2025, sa commune a fait l’objet d’une cartographie de préfiguration du recul du trait de côte à 30 et 100 ans. "Selon les projections de cette cartographie, d’ici 30 ans, certaines portions littorales pourraient disparaître", commente l’édile, pour qui la meilleure solution reste le déplacement du sentier littoral, quitte à le faire passer dans les rues de la commune. "La consolidation, comme les enrochements, c’est coûteux et ça n’est pas pérenne ", assure l’édile.

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Financer la préservation du GR

Le maire de Saint-Quay-Portrieux, également vice-président de l’agglomération de Saint-Brieuc en charge de l’aménagement territorial, compte s’appuyer sur les projections de la cartographie pour mettre en place une stratégie contre l’érosion côtière à l’échelle de l’agglo.

On peut choisir de laisser faire la nature, c’est aujourd’hui la stratégie de l’État, mais ça mettrait en danger le GR 34. Ou alors, on peut essayer d’agir pour lutter contre l’érosion. Il y a un intérêt touristique à le faire.

Thierry Simelière, maire de Saint-Quay-Portrieux

Mais pour pouvoir mener ces travaux et préserver le sentier, il faudra un soutien financier. Thierry Simelière plaide pour la création d’un fonds national pour les travaux liés au recul du trait de côte. Il fut un temps, il y avait le dispositif France vue sur mer qui permettait de financer certains travaux. Aujourd’hui, il serait intéressant qu’il y ait un fonds destiné à définir les parties du littoral à préserver de l’érosion », estime l’élu, qui espère fédérer autour de son idée les collectivités locales des Côtes-d’Armor… et d’ailleurs. Car la Bretagne est une région encore assez épargnée par le recul du trait de côte. Si l’on en croit les chiffres du ministère de la Transition écologique, seules 10 % de ses côtes sont en recul, contre 50 % et plus dans les cinq départements les plus touché (Seine-Maritime, Charente-Maritime, Gironde, Hérault et Bouches-du-Rhône). Pour ces départements, le coût de l’érosion côtière, qui avance chaque année irrémédiablement, accélérée par le changement climatique, sera de plus en plus élevé, selon les estimations d’un rapport du Cerema publié en 2024. Aujourd’hui, près d'un quart du littoral français recule du fait de l'érosion côtière. À lire aussi

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