Gestion de l'eau
La réutilisation des eaux usées traitées, une piste pour mieux gérer la ressource
16/07/2026
Le retour des projets miniers en Limousin ravive les inquiétudes autour de l'arsenic. Documents, analyses citoyennes et future étude sanitaire interrogent l'héritage laissé par plusieurs décennies d'exploitation aurifère.
Par Nicolas Beublet
Paru le 26/07/2026
Le cours de l'or atteint des niveaux records. En début d'année, il a franchi la barre des 5 000 dollars l'once. Un marché qui aiguise les appétits des entreprises minières. Autour de Saint-Yrieix-la-Perche (Haute-Vienne), près de 350 km² de permis de recherches d'or, mais aussi de lithium ou de tungstène, ont été accordés à la Compagnie des Mines Arédiennes, filiale de la société canadienne Aquitaine Gold Corporation, ainsi qu'à la société Aurelius Ressources. Mais cette ruée vers l'or réveille aussi le souvenir d'un héritage encombrant. L'industrie minière historique a laissé derrière elle des millions de tonnes de résidus contenant de l'arsenic (Info+). Plusieurs décennies après la fermeture des mines, les eaux de ruissellement doivent toujours être collectées et traitées avant leur rejet dans les cours d'eau. L'arsenic est toxique et cancérigène pour l'être humain. Selon le Commissariat général au développement durable, une exposition prolongée peut provoquer des affections respiratoires, cardiovasculaires ou neurologiques. L'entreprise Orano, chargée de traiter les eaux polluées d'anciens sites miniers autour de Saint-Yrieix-la-Perche, notifie pourtant des dépassements des limites préfectorales dans ses rejets. Ce seuil, bien que dix fois supérieur à la limite de qualité fixée pour l'eau potable en présence d'arsenic, a été dépassé huit fois en 2024, en moyenne hebdomadaire, sur le site de Lauriéras, d'après un document d'Orano que nous avons pu consulter. Les dépassements allaient jusqu'au quintuple.
Dans de nombreux gisements, l'or n'est pas présent sous forme de pépites visibles. Il est en grande partie piégé à l'échelle atomique dans des minéraux riches en arsenic, comme la pyrite arsénifère, l'arsénopyrite ou la löllingite. Une étude publiée en 2021 dans la revue scientifique Geochemical Perspectives Letters par une équipe du CNRS, de l'Université Toulouse III-Paul Sabatier et de plusieurs partenaires internationaux montre que l'arsenic joue un rôle déterminant dans la concentration naturelle de l'or. Les chercheurs démontrent que l'arsenic favorise son incorporation dans ces minéraux, qui peuvent ainsi concentrer l'or jusqu'à des niveaux exceptionnels. Les scientifiques du laboratoire Géosciences Environnement Toulouse (GET) ont popularisé cette découverte en parlant de véritables "pompes à or". Cette particularité géologique explique aussi une partie de l'héritage environnemental des anciennes mines. Lorsque ces minéraux sont extraits, concassés puis stockés dans les résidus miniers, ils s'altèrent progressivement au contact de l'air et de l'eau et peuvent libérer une partie de l'arsenic qu'ils renferment. C'est pourquoi plusieurs anciens sites du Limousin font encore aujourd'hui l'objet d'une surveillance environnemental.
Sur ce sujet, l'entreprise a répondu à nos questions par mail. Elle affirme qu'il s'agit "d'événements rares, ponctuels qui interviennent principalement dans des situations spécifiques liées au fonctionnement des installations, comme des opérations de maintenance (notamment les phases de curage des bassins) ou des incidents techniques temporaires […]". Elle se veut rassurante : "les données de suivi montrent que le système global, fondé sur la collecte des eaux, leur traitement et une surveillance environnementale régulière, demeure performant. Il permet de maintenir un impact global faible, voire négligeable, sur les milieux aquatiques." Dans ce territoire, deux associations redoutent pourtant le retour de l'activité minière : Stop Mines 8724 et le Comité citoyen pour une information indépendante. En 2025, lorsque les membres de ce dernier ont souhaité se renseigner sur la présence d'arsenic dans les cours d'eau du pays arédien, ils se sont heurtés à un manque d'informations. "Il y avait des relevés de l'Agence de l'eau qui s'arrêtaient en 2015 alors que les taux d'arsenic étaient supérieurs aux limites de potabilité", relève Amandine, libraire indépendante à Saint-Yrieix-la-Perche et membre de l'association. Alertée, l'Agence de l'eau Adour-Garonne a ajouté plusieurs stations de mesures mensuelles sur des sites sensibles, notamment à proximité des zones de stockage de résidus miniers. Une grande étude sanitaire et environnementale doit également être menée, en partenariat avec l'Université de Limoges, entre 2027 et 2030.
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En parallèle, le Comité citoyen pour une information indépendante a lancé une campagne de prélèvements auprès d'une vingtaine de particuliers volontaires, qui ont financé eux-mêmes les analyses, pour un coût moyen de 130 euros. D'après les résultats présentés début juillet 2026 lors d'une réunion publique ayant rassemblé plus d'une centaine de personnes, plusieurs relevés dépasseraient largement la limite de qualité de l'eau potable, fixée à 10 microgrammes d'arsenic par litre. En aval de la digue des Fouilloux, l'un des sites de stockage des résidus miniers, un ruisseau présentait une concentration de 270 microgrammes par litre. En aval du site des Farges, ancien site de traitement de l'or fermé depuis vingt-quatre ans, des prélèvements réalisés sur des points de rejet dans l'Isle ont révélé des concentrations atteignant 3 300 et 770 microgrammes d'arsenic par litre. "Le traitement des eaux est surveillé", assure de son côté Alexandra, bénévole du musée de l'Or, au Chalard. "On laisse même repartir l'eau avec moins d'arsenic que ce que la rivière contient naturellement. " Le musée de l'Or a notamment bénéficié d'un financement d'Areva, devenu Orano. Interrogée par Water Guette, l'entreprise avance le même argument. L'entreprise indique que "les concentrations en arsenic des cours d'eau peuvent en effet atteindre plusieurs centaines de microgrammes d'arsenic par litre, bien au-delà des eaux rejetées, lors de pluies diluviennes qui lessivent les sols et les roches naturellement enrichis en arsenic dans la région".
Plusieurs travaux scientifiques nuancent toutefois cette explication. Dès 2005, une étude de l'Université de Limoges consacrée au terril minier de Chéni, en Haute-Vienne, qualifie le site de "pollué par l'arsenic". Les chercheurs rappellent que les activités humaines, notamment l'exploitation minière, la métallurgie ou les centrales à charbon, constituent d'importantes sources de contamination de l'air, de l'eau et des sols. Pour étayer leurs observations, les membres du Comité citoyen ont également réalisé deux prélèvements sur des têtes de ruisseaux situées dans des secteurs où aucune ancienne activité minière n'est recensée. Les concentrations mesurées étaient inférieures à la limite de qualité de l'eau potable, avec respectivement 8 et 0,6 microgramme d'arsenic par litre. Une nouvelle campagne d'analyses est prévue en 2026.
Les membres du Comité citoyen ont également réalisé deux prélèvements sur des têtes de ruisseaux situées dans des secteurs où aucune ancienne activité minière n'est recensée pour point de comparaison. Sur le plan juridique, l'association a déposé deux recours devant le tribunal administratif : l'un contre la prolongation de trois permis de recherches minières, l'autre contre l'extension de l'un de ces permis. Alors que le Limousin pourrait renouer avec son passé minier, les résultats de la future étude sanitaire et environnementale seront particulièrement attendus. Ils devraient permettre de mieux mesurer les conséquences d'un héritage qui continue, plusieurs décennies après la fermeture des mines, d'alimenter les inquiétudes des habitants. À lire aussi
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