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Innovations et solutions durables / Solutions locales et communautaires

En Charente, à la Grande Métairie d’Oyer, l’eau de pluie dessine un autre quotidien

Dans le département de la Charente, la ferme de Lucie et Jonas organise son autonomie. Avec leurs deux enfants, ils se sont installés à la Grande Métairie d'Oyer, près de Bioussac. Si l'eau de pluie fait vivre la maison et irrigue les cultures, ce choix de vie s'inscrit aussi dans une démarche assumée, entre indépendance, sobriété et attention portée au vivant.

Par Nicolas Vignot
Paru le 28/08/2025

La grande métairie d'Oyer, autonomie en eau

À la ferme de Lucie et Jonas, l’eau de pluie est recueillie avec soin et occupe une place centrale dans leur vie. Située à la Grande Métairie d’Oyer, dans le nord Charente, l’accueil se fait autour d’un simple verre d’eau. "Du fait maison", sourit Jonas. Le couple est Installé depuis plusieurs années avec leurs deux enfants, et ont bâti leur domaine familial et agricole, en plaçant l’autonomie en eau au cœur de leur projet de vie.

L'eau de pluie, ressource principale

L'eau de pluie sert autant aux besoins de la maison qu'aux cultures maraîchères. "Voilà notre cuve de récupération d’eau pour les usages domestiques ", explique le couple en désignant une citerne enterrée, installée à proximité de leur maison. "C’est vendu tout prêt, en général pour l’arrosage du jardin, mais nous, on l’utilise pour alimenter en eau toute la maison." L’eau de pluie est récupérée depuis les toits et acheminée par un tuyau vers la cuve. Elle passe ensuite par un pré-filtre qui retient feuilles, brindilles et autres saletés avant d’être stockée. Le trop-plein, lui, a été raccordé à un bassin d’irrigation qui sert à arroser les cultures maraichères. Ici, rien ne se perd. La cuve a une capacité de 6 m3, un volume que Jonas avait calculé pour assurer les besoins d'une famille de quatre personnes. "Ça nous est arrivé d'être à sec. Dans ce cas-là, on bascule sur l'eau du puits. Aujourd'hui si je devais refaire le choix, je prendrais plutôt une cuve de 10 m3 ; c'est une bonne capacité pour quatre personnes, tout en gardant un renouvellement suffisant de l'eau ", souligne-t-il. Avec ce système, le couple parvient a couvrir l'essentiel des besoins domestiques. Les toilettes sèches permettent d'économiser une part importante de la ressource. L'eau chaude est produite grâce à quatre capteurs solaires. Pour le reste, le lave-linge, le lave-vaisselle et la cuisine demeurent les principaux postes de consommation. "Pour une année, nous avons utilisé environ 54 m3 d'eau pour toute la famille", précise Jonas en consultant son compteur. À titre de comparaison, un habitant consomme en moyenne 145 litres d'eau par jour, soit 54 m3 pour une année selon les chiffres avancés par l' Office Français de la Biodiversité.

De la filtration à la phytoépuration

Récupérer l’eau de pluie est une chose, la rendre potable en est une autre. Dans le local technique de la maison, qui abrite aussi le ballon d’eau chaude, Jonas montre l’installation de traitement : une pompe, un surpresseur qui envoie la pression dans les robinets, et une série de filtres. "L’eau passe d’abord par un filtre à 25 microns, puis un deuxième à 5 microns, et enfin par un filtre à charbon actif ", détaille-t-il. Les cartouches sont changées quand la pression baisse, signe qu’elles sont colmatées. "Ça dépend aussi un peu de la saison et de combien d’eau je tire, ou de la prolifération des petites algues dans la citerne", ajoute Jonas.

Filtre à eau de consommation humaine

Pour concevoir ce système, Jonas s’est notamment appuyé sur les informations techniques disponibles sur le site Cintropur. (photo Water Guette) L’eau de pluie ne ruisselle que sur les toits de la ferme avant d’être collectée. Elle n’entre donc pas en contact avec les sols ou d’éventuelles zones polluées. De ce fait, elle est moins exposée à certaines contaminations diffuses. À l’inverse, les eaux captées dans les nappes ou les rivières nécessitent souvent des traitements lourds imposés par les Agences régionales de santé (ARS)… parfois impuissants face aux polluants dits "éternels", comme les PFAS. Le couple confirme ne pas faire analyser son eau potable. Ils préfèrent se fier à leurs sens, " à l’odeur, à la limpidité et au goût." C’est un choix assumé, qui reflète leur philosophie de vie, tournée vers l'autonomie et une confiance intime avec leur environnement. Cette logique s’étend à l’ensemble de la ferme, où chaque espace est pensé pour accueillir et transformer l’eau selon son usage.

robinet d'eau potable dans la cuisine de Lucie et Jonas

Dans la cuisine de Lucie et Jonas, deux robinets : à gauche pour l’usage ménager, à droite pour l’eau de consommation, équipé d’un filtre supplémentaire situé sous l'évier. (photo Water Guette) Grâce à l’espace dont ils disposent à la Métairie d’Oyer, Lucie et Jonas ont aménagé un système de phytoépuration dans un champ en contrebas de la maison. Toutes les eaux grises issues de la douche, de la vaisselle ou du linge s’y déversent. La filtration est assurée par les plantes, en particulier les roseaux. "Une installation validée par le service public d'assainissement non collectif (SPANC)", souligne le couple, avec l’assurance que l’eau filtrée retourne dans la nature sans risque de pollution.

"L'eau du ciel" irrigue aussi les cultures

Si l’eau des toits couvre les besoins domestiques, la plus grande partie est destinée à l’irrigation. Outre les vaches et les poules, cinq hectares sur les vingt-quatre du domaine sont consacrés aux cultures maraîchères et céréalières. Dans le même champ, Lucie et Jonas ont aménagé une retenue d’eau pour sécuriser ces surfaces en période sèche. Recouverte d’une bâche plastique et reliée aux toits par une canalisation, cette "mini-bassine" assure une réserve précieuse, même si son aspect artificiel dénote dans ce décor naturel. Avec ses 550 m³, la bassine de Lucie et Jonas ne joue pas dans la même catégorie que les méga-bassines agricoles. Contrairement à ces dernières, elle n’est alimentée que par "l’eau du ciel ", comme aime à le rappeler Jonas, et non par des prélèvements directs dans les milieux. Elle constitue une réserve tampon pour irriguer les légumes. " Nous irriguons en tuyau, goutte à goutte, ce qui est à la fois plus économe et plus efficace ", souligne Lucie.

mini-bassine, ou retneue de substitution

La "mini-bassine d'irrigation" de l'exploitation est alimentée uniquement par l'eau de pluie. (photo Water Guette) Mais stocker de l'eau à ciel ouvert ne va pas sans poser de question. L'eau stagnante peut vite se dégrader. Le couple a donc mis en place des solutions inspirés du vivant. Sur la surface du bassin flotte un radeau de 2 m2 ( voir photo) planté de menthe aquatique et d'iris. Ces plantes oxygènent et contribuent à maintenir la clarté de l'eau, tout en apportant une touche esthétique. À cela s'ajoute un système original: trois vasques vives sculptées qui font tourbillonner l'eau en créant un vortex (tourbillon qui se produit dans un fluide en écoulement), une idée héritée des travaux de Victor Schauberger, pionnier de la compréhension des mouvements de l'eau. Une pompe en circuit fermé prélève l'eau du bassin et la fait circuler dans cette cascade miniature ( voir photo) et redonne de la vitalité au liquide. "Avec le prix de l'électricité, one ne la fait tourner que quelques heures par jour", précise Jonas.

les vasques

Le naturaliste Victor Schauberger estimait que le tourbillon de l'eau était le principe de base de la vitalité de l'eau. (photo Water Guette) À côté de ce dispositif, le couple a aussi recours aux micro-organismes efficaces (EM), un mélange de bactéries bénéfiques. " La dernière fois que nous en avons mis, toutes les boues sont remontées, l’eau a changé d’odeur, ça sentait le cidre ", raconte-t-il. Là encore, il ne s'agit pas de technologie lourde, mais de solutions biologiques et artisanales, pensées pour accompagner l'eau plutôt que de la contraindre. Cette manière d’appréhender l’eau reflète une vision plus large. Pour Lucie et Jonas et leurs deux enfants, la ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais aussi un lieu de soin. "Beaucoup de choses ont besoin d’être soignées aujourd’hui : la terre, nous-mêmes, nos voisins, la vie sauvage", confie Jonas. Une approche qui rejoint le concept de One Health, où la santé humaine, animale et environnementale sont intimement liées.

Lucie et Jonas

(photo source Festoyez)

Sources

La photo de une est signée Jean Michel Nossant. Remerciements à Agnès Baudrillart sans qui le reportage n'aurait pu se faire.

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