Agriculture
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Les syndicats agricoles de la Vienne multiplient les actions contre l’étude Hydrologie, Milieux, Usages, Climat (HMUC) du bassin du Clain. Alors que sa validation devrait être votée dans les prochaines semaines, avec à la clé une baisse des volumes agricoles prélevables, d’autres défendent un outil essentiel à la préservation des milieux aquatiques.
Par Nicolas Vignot
Paru le 25/10/2025
Dans le bassin du Clain (Vienne), les chiffres parlent d’eux-mêmes. En période estivale, l’irrigation agricole concentre l’essentiel des prélèvements d’eau superficielle des volumes désormais jugés difficilement compatibles avec l’équilibre écologique des rivières. C’est le constat sans appel de l’étude Hydrologie Milieux Usages Climat (HMUC) menée dans le cadre de la révision du SAGE Clain. Fondée sur des données scientifiques, cette analyse met en lumière la tension croissante entre usages agricoles et préservation des milieux. Depuis plusieurs mois, l'étude HMUC fait l’objet d’une remise en cause frontale de la part des représentants du monde agricole. Derrière cet acronyme technique , Hydrologie, Milieux, Usages, Climat, se cache un outil central de la politique de l’eau : mesurer, à l’échelle d’un bassin, le volume prélevable compatible avec la préservation des écosystèmes. Ces études servent de référence pour fixer les plafonds de prélèvement dans les Schémas d’aménagement et de gestion des eaux ( SAGE) ou lancer les Projets de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE) .
Ces travaux, commandés selon un protocole validé par l’Agence de l’eau Loire-Bretagne, visent à dresser un état des lieux scientifique de la ressource.
→ Jérémy Godet, vice-président de l’EPTB Vienne.
Alors que le vote de validation de l’étude du Clain est annoncé dans les prochaines semaines, la tension s’est ravivée. La récente loi Duplomb, en redéfinissant les règles d’élaboration et de validation de ces études, leur offre même un appui politique inattendu. Vendredi 24 octobre 2025, les syndicats agricoles Coordination Rurale86, FNSEA 86, Jeunes Agriculuteurs86, et la Chambre d’agriculture ont bloqué les abords du Futuroscope, dénonçant un processus jugé "incomplet et déséquilibré". Une mobilisation qui illustre la fracture grandissante entre lecture scientifique et revendications agricoles. Depuis deux ans, chaque convocation de la Commission locale de l'eau (CLE) donne lieu à des manifestations agricoles. À plusieurs reprises, le préfet a même retiré la validation à l'ordre du jour, décision inhabituelle puisque ce rôle revient en temps normal aux membres de la CLE. Pendant ce temps les prélèvements restent inchangés, alors que l'étude HMUC met en évidence un déficit structurel de la ressource. Sur les 33 retenues de substitutions envisagées, seuls 10 seraient compatibles avec les volumes disponibles. "Forcément ça ne leur convient pas", souligne Jerémie Godet. Avec la loi Duplomb, les projets de mégabassines pourraient désormais être qualifiés d’intérêt général, et donc dérogés à certaines règles environnementales. "On n’est pas certain que les décisions à venir soient favorables au milieu aquatique", s’inquiète-t-il. Cette tension, alimentée par les blocages successifs et les incertitudes liées à la loi Duplomb, a également gagné le terrain politique. Fin septembre, François Bock, conseiller départemental (majorité) et maire de Gençay, a été évincé de la présidence de la Commission locale de l’eau (CLE) du Clain par son propre camp. L’élu, à l’origine du lancement de l’étude HMUC et favorable à sa validation, s’était positionné en faveur d’une approche fondée sur l’intérêt général et la sécurité de l’eau potable plutôt que sur les intérêts des irrigants.
J’ai préféré l’intérêt général à l’intérêt particulier des irrigants », a-t-il confié à La Nouvelle République (26 septembre 2025).
→ François Bock Maire de Gençay et conseiller départemental de la Vienne
Son éviction, décidée par la majorité départementale, s’est accompagnée du retrait de ses délégations au sein de l'Etablissement Public Territorial de Bassin (EPTB), laissant la CLE sans président alors même que le vote de l’étude doit intervenir d’ici la fin de l’année.
Du côté des irrigants, "l'absence d'étude socio-économique" figure parmi les griefs les plus souvent avancés. Selon eux, les réductions de prélèvements envisagés auraient des conséquences directes sur la viabilité économique des exploitations. Les représentants de l’agriculture productiviste ont mené plusieurs offensives sur ce terrain, à l’image de cet élu cité par le rapport "Démocratie à sec" de Greenpeace, reprochant à EPTB Vienne d’avoir "interprété à sa manière le cahier des charges et d’avoir écarté la demande d’une étude socio-économique." Selon lui, il s'agirait d'un oubli des services et voire même "une faute professionnelle." Dans le même rapport, un représentant agricole remet en cause le portage du SAGE par l’EPTB Vienne. Au nom de la Chambre d’agriculture de la Vienne, il déplore "la conduite de l’étude hydrologique et la faible prise en compte des enjeux économiques pour les exploitants." Pour Jérémy Godet, le désaccord tient au fait que "les représentants agricoles souhaitent conditionner la validation de l’étude à une évaluation socio-économique préalable", alors que l’EPTB défend une approche fondée d’abord sur le diagnostic scientifique. "Pour nous, c’est incohérent. On ne peut pas évaluer des effets économiques avant d’avoir établi l’état des lieux scientifique."
Au sein de l’EPTB Vienne, les équipes rappellent que la démarche suit un protocole clair et progressif. Fabien Blaize, ingénieur responsable en charge de l'étude HMUC, en résume les trois étapes : "un état des lieux, un diagnostic et enfin un plan d’action. Le bassin du Clain est classé en zone de répartition des eaux (ZRE) depuis 1994, ce qui signale déjà un déséquilibre. Cette étude vise à déterminer quels volumes peuvent être prélevés sans compromettre le bon fonctionnement des milieux aquatiques, conformément à la directive-cadre européenne sur l’eau, qui nous impose d’atteindre le bon état des eaux, y compris sur le plan quantitatif."
La phase d’état des lieux, particulièrement dense, a nécessité une vaste collecte de données hydrologiques, climatiques et d’usages. Sur la période 2000-2018, les équipes ont recensé 53,5 millions de mètres cubes d’eau prélevés chaque année, tous usages confondus. L’irrigation agricole en représente près de 50 %, tandis que 37 % sont destinés à l’eau potable. Selon Fabien Blaize, "Environ 70 % de ces volumes proviennent des nappes souterraines, prélevées principalement entre avril et octobre", au moment où les rivières atteignent leurs plus bas débits. C’est précisément là que le déséquilibre apparaît, poursuit l'ingénieur. "Nos prélèvements dépassent nos rejets. Les pertes des réseaux d’eau potable et les eaux d’assainissement représentent à peine 20 millions de mètres cubes. Autrement dit, la balance est déficitaire."
Ce constat rejoint les données publiées par Greenpeace dans son rapport Démocratie à sec. L’ONG y souligne que, dans le sous-bassin du Clain, les volumes réellement disponibles sont bien inférieurs aux volumes consommés. "De 20,5 millions de m³ prélevés par an en moyenne entre 2010 et 2018 pour l'irrigation" , l’étude HMUC recommande des volumes prélevables cibles de 13 millions de m³, soit 7 millions de m³ en moins. Selon Greenpeace, cette réduction, fondée sur la méthode scientifique de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne, suscite "une opposition virulente des acteurs de l’agro-industrie", parfois accompagnée de pressions et d’intimidations à l’encontre des porteurs du projet.
L’étude HMUC n’a pas vocation à pointer du doigt un usage. Elle sert à comprendre comment la ressource fonctionne et à identifier des marges de manœuvre pour concilier les besoins humains et la vie des milieux.
→ Fabien Blaize, responsable Vienne aval-Clain à EPTB Vienne
Si les tensions autour de l'étude HMUC du Clain illustrent la difficulté de concilier impératifs économiques et exigences écologiques, elles rappellent surtout l’enjeu fondamental de ces études : préserver des écosystèmes déjà fragilisés. Leur validation ne représente pas une contrainte mais une étape vers une gestion plus juste et plus résiliente de l’eau, condition indispensable à la survie des rivières… et de ceux qui en dépendent.
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