Innovations et solutions durables
ITW Charlène Descollonges: "sans eau plus rien ne fonctionne"
26/11/2025
Face à la raréfaction de la ressource et aux dérèglements climatiques, la récupération de l’eau de pluie s’impose peu à peu comme une solution d’avenir. En Île-de-France, un groupement de 24 communes au sud de Paris mise sur la distribution gratuite de cuves pour équiper les maisons individuelles . À Amsterdam, ce sont les toits eux-mêmes qui deviennent des réservoirs urbains intelligents. Deux échelles d’action, une même ambition : apprendre à capter, stocker et réutiliser l’eau tombée du ciel.
Par Nicolas Vignot
Paru le 31/07/2025
Depuis le début du mois de juillet 2025, les habitants du territoire du Grand Orly Seine Bièvre (GOSB) , vaste ensemble communal regroupant 24 communes situées entre le Val-de-Marne et l'Essonne, peuvent bénéficier d'un récupérateur d'eau de pluie. Cette opération inédite vise les locataires et propriétaires de maison individuelles. L'objectif étant d'encourager une gestion domestique plus sobre de l'eau, en particulier pour les usages non potables.
Les cuves, d'une capacité de 350 litres, sont fabriquées en plastique recyclé européen et distribuées sous forme de kits à monter soi-même. Elles sont équipées d'un collecteur de gouttière et d'un rehausseur pour faciliter l'accès. Dès les premiers jours de la campagne, la moitié du stock disponible, soit environ 500 kits, avait été réservée. " C'est de l'eau qui ne coûte rien à personne, souligne Christophe Bey, directeur général adjoint du GOSB en charge de l'espace public. ( Le Parisien, 22 juillet 2025) Cette action s'inscrit dans une stratégie plus large de gestion durable de l'eau, adoptée par le conseil territorial en novembre 2023. Elle vient compléter d'autres initiatives comme la distribution de mousseurs pour robinet et douche, et la création de régies publiques de l'eau, dont celle d'Athis-Mons qui rejoindra la dynamique en janvier prochain. Dans un contexte de sècheresse récurrente, d'inondations plus fréquentes et de pression croissante sur les nappes phréatiques, l'enjeu est double: préserver la ressource et réduire les coûts pour les usagers. En permettant de réutiliser l'eau de pluie pour l'arrosage , le lavage de voiture ou le nettoyage des extérieurs , le GOSB entend à la fois sensibiliser et proposer une solution concrète et immédiate.
En France, la récupération de l’eau de pluie est encadrée par l’arrêté du 21 août 2008. Elle est autorisée, mais uniquement pour des usages extérieurs (arrosage, lavage de voiture, nettoyage des sols extérieurs) ou pour les usages intérieurs non alimentaires, comme l’alimentation des toilettes ou le lavage des sols, à condition de disposer d’un réseau dédié, séparé de celui d’eau potable. Il est strictement interdit d’utiliser l’eau de pluie récupérée pour la boisson, la cuisine ou la douche, sauf traitement lourd et autorisation sanitaire spécifique. Les installations doivent être déclarées en mairie, et les points de soutirage doivent être signalés. Un entretien régulier du système est obligatoire. Cette réglementation est définie dans l’arrêté du 21 août 2008 relatif à la récupération des eaux de pluie et à leur usage à l’intérieur et à l’extérieur des bâtiments (JORF n°0197 du 24 août 2008).
Pendant que l'établissement public territorial du Grand Orly Seine Bièvre mise sur l'engagement citoyen, la ville d'Amsterdam déploie une politique plus systémique: celle des "blue-green roofs" ou toits bleus-verts. Ces toitures innovantes à destination des habitats collectifs, à la fois végétalisés et conçues pour stocker l'eau de pluie, sont le fruit du projet RESILIO ( Resilient of Smart innovative Climate-Adaptive Rooftops), mené depuis 2020 en partenariat avec la municipalité, des bailleurs sociaux et des organismes de recherche. Ces toits sont constitués de plusieurs couches: une couche végétalisée, un substrat, une membrane d'étanchéité, et surtout une réserve de stockage d'eau et de vannes intelligentes. Ces vannes ferment pour retenir l'eau et s'ouvrent automatiquement avant les épisodes de fortes pluies afin de libérer de la place et éviter les inondations. "Vous avez, en réalité, un récupérateur d’eau de pluie plat installé sur votre toit", explique Kasper Spaan, ingénieur à Waternet, l'opérateur public de l'eau à Amsterdam (The guardian, 2 mai 2024).
L'eau récupérée est réutilisée pour alimenter les toilettes, les buanderies, l'arrosage des espaces verts ou encore les systèmes de climatisation, comme Waternet Office, le bâtiment phare de la régie municipale. Certains lotissements comme le De Buurt vont plus loin encore: chaque maison y est dotée d'une cuve de 6000 à 15000 litres, avec système de filtration UV et membranes, permettant un usage quasi domestique de l'eau de pluie (Nltimes, 13 octobre 2024). "Ces toits réduisent les inondations, rafraichissent et prolongent la durée de vie des panneaux solaires", ajoute le site Urban Green-Blue Grids." Plus de 10 000 m2 de toitures ont déjà été converties dans le cadre du projet RESILIO, avec pour objectif de massification pour répondre aux exigences du programme Rainproof Amsterdam. Le projet RESILIO à Amsterdam n’est pas financé par l’État néerlandais, mais par des fonds européens. Il bénéficie principalement d’une subvention de 4,8 millions d’euros provenant du Fonds européen de développement régional (FEDER) via l’initiative Urban Innovative Actions (UIA). Ce financement couvre environ 80 % des coûts du projet, les 20 % restants étant apportés par les partenaires du consortium (logements sociaux, municipalité, universités, entreprises).
Si l'échelle et les moyens sont différents, l'intention est commune: transformer l'eau de pluie, souvent perçue comme un déchet ou un risque, en ressource utile, locale, gratuite et circulaire. Le Grand Orly Seine Bièvre agit à l'échelle du foyer, Amsterdam à celle du quartier. Le premier sensibilise, le second transforme l'infrastructure. Tous deux s'inscrivent dans une logique d'adaptation au changement climatique. Alors que la France peine encore à réguler le ruissellement urbain, et que la réutilisation de l'eau de pluie reste marginale, ces deux solutions montrent qu'il est possible de construire une gestion de l'eau plus sobre et plus résiliente. Le modèle d'Amsterdam pourrait inspirer des métropoles françaises, tandis que l'approche du Grand Orly montre qu'un petit geste local peut devenir un levier de changement si les pouvoirs publics l'encouragent. Dans un avenir marqué par des étés secs et des hivers pluvieux, apprendre à capter, stocker et valoriser l'eau de pluie pourrait bien devenir une priorité nationale, reste à transformer ces initiatives en norme.
Le Grand Orly n’est pas seul : Crépy-en-Valois (Oise) propose des cuves depuis 2021. Orléans a distribué 1 000 bons d’achat en 2022, épuisés en deux jours. Chevilly-Larue (Val-de-Marne) utilise l’eau de pluie d’un gymnase pour alimenter les balayeuses. Millevaches (Nouvelle-Aquitaine) a installé 300 citernes souples. Rennes, Grand Lac (Savoie) et Entre Juine et Renarde (Essonne) proposent aides ou remboursements à l’achat de cuves.
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