Montée des eaux
"Quand les nappes montent", une enquête illustrée en Bande dessinée sur un phénomène méconnu
19/12/2025
Après Humus, l'écrivain Gaspard Koenig continue son exploration du vivant. Entre bureaucratie locale et mythologies normandes, le récit interroge notre rapport à la nature, à l'eau et au sens du mot "commun."
Par Nicolas Vignot
Paru le 10/03/2026
Dans le petit village normand de Saint-Firmin, dans l’Orne, la campagne municipale agite déjà les conversations. Le maire sortant, Jobard, ne se représentera pas. Il compte toutefois transmettre l’écharpe à son neveu Martin, tout droit sorti des arcanes politiques parisiennes et diplômé de l’ENA. Celui que certains surnomment "Monsieur Eau" dans les cabinets de la capitale entend bien moderniser la gestion de l'eau de la commune et la faire rejoindre la "Com Com". C’est sans compter sur la bande emmenée par Maria. L’épicière de la Lanterne, figure centrale du village, est plus déterminée que jamais à défendre une vision locale et autonome de la gestion de l’eau, dans ce village traversé par la rivière La Maline.
Après Humus, Gaspard Koenig propose un deuxième opus consacré au monde du vivant. Cette fois c'est l’eau, qui irrigue l’univers du roman Aqua. À travers une galerie de personnages romanesques, l’auteur met en tension engagements idéologiques et froideurs administratives. Dans un territoire rural dont l'auteur semble bien connaître les rouages, toucher aux sacro-saints usages de l’eau revient presque à provoquer un déracinement chez les habitants de Saint-Firmin. Derrière cette secousse locale se dessine une question bien plus large, celle des communs et l'eau en est un. Car si Aqua est un roman, il n’en reste pas moins une réflexion politique et philosophique. L’auteur y interroge la manière dont l’eau a été progressivement organisée, administrée et institutionnalisée, souvent pensée comme une ressource à gérer par des structures techniques et politiques. Il va même plus loin et nous amène à réfléchir à rebours d’une vision technocratique en s’appuyant sur les travaux de l’économiste Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie en 2009.
Tant qu’une explication théorique montrant la valeur des processus d’auto-organisation n’est pas pleinement fournie et acceptée, les décisions majeures de politiques publiques continueront à être fondées sur l’illusion que les individus ne peuvent se gouverner eux-mêmes et ont besoin d’une autorité extérieure
→ Elinor Ostrom, économiste
Si les communs, et notamment l’eau, sont une question centrale de nos sociétés modernes, Gaspard Koenig, à travers le personnage de Martin, réintroduit l’idée défendue par Elinor Ostrom selon laquelle les décisions collectives ne peuvent se construire sans la confiance en l’autre. Considérer que les citoyens, même les plus modestes, peuvent non seulement s’organiser sur le terrain, mais aussi décider ensemble de leurs propres objectif. Autrement dit, "des êtres humains rassemblés, décidant de leurs ressources et définissant la meilleure manière de s'intégrer dans leur milieu", écrit l'auteur. Dans Aqua, Gaspard Koenig donne une toute autre dimension à l’eau : elle est au cœur de notre lien commun, ce qui la rend d’autant plus précieuse à préserver. L'écrivain rappelle combien cette ressource, si familière qu’elle en devient invisible, demeure l’un des fondements de notre coexistence. " Il nous suffit de ne pas perdre ce que le ciel nous donne." «Aqua», de Gaspard Koenig, Les éditions de l’Observatoire À lire aussi
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