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Gestion de l'eau / Politique et règlementation

Ferme de saumons en Gironde : feu vert malgré une opposition massive

Une usine d’élevage de saumons pourrait bien voir le jour au Verdon-sur-Mer, en Gironde. Malgré une mobilisation importante et des critiques sur les impacts environnementaux, l’enquête publique s’est conclue par un avis favorable assorti de réserves, relançant les interrogations sur la prise en compte des avis exprimés.

Par Nicolas Vignot
Paru le 27/03/2026

ferme de saumons  en Gironde

Au Verdon-sur-Mer, l’enquête publique sur le projet de ferme aquacole de Pure Salmon s’est conclue par un avis favorable assorti de réserves. Un tournant dans un dossier marqué par une forte mobilisation locale et des désaccords persistants sur les impacts environnementaux.

Un feu vert qui tranche avec la contestation

Une conclusion qui intervient après une mobilisation exceptionnelle. Près de 23 000 contributions ont été déposées, dans un climat que les commissaires qualifient eux-mêmes de "parfois délétère". Selon le rapport, les tensions, notamment liées aux élections municipales, n’ont pas permis une "consultation sereine" ni une "véritable" mise en débat du projet. Cette conclusion intervient à l’issue de l’enquête publique( Info+) menée entre le 15 décembre 2025 et le 19 janvier 2026. Dès décembre 2025, plusieurs maires de la Communauté d’agglomération Royan Atlantique avaient déjà pris position contre le projet dans un courrier adressé au commissaire enquêteur. Parmi eux, le maire de Royan et Françoise Fribourg alertaient "sur les risques pour la qualité de l’eau, les milieux naturels et la biodiversité", ainsi que sur les effets des rejets, des prélèvements et des flux induits par l’activité. À Meschers-sur-Gironde, la municipalité estimait déjà que le projet entrait en contradiction avec les orientations locales de préservation du littoral et du cadre de vie.

Info+ Enquête publique : un avis consultatif, pas une décision L’enquête publique permet aux citoyens de consulter un projet et de formuler des observations avant son autorisation. Les contributions sont analysées par un commissaire enquêteur, qui rend un avis motivé, favorable ou défavorable. Mais cet avis reste consultatif. La décision finale revient à l’État, via le préfet, qui peut autoriser un projet même en cas d’opposition majoritaire. Dans le cas du projet de Pure Salmon à Le Verdon-sur-Mer, près de 23 000 contributions ont été déposées, très majoritairement défavorables. Un mécanisme de participation du public… dont le poids réel dans la décision continue de poser question.

L’eau au centre… mais jugée non menacée

Sur la question de l’eau, au cœur des inquiétudes, la commission d’enquête tranche clairement. Selon elle, le projet ne présenterait pas de risque pour l’eau potable. Les commissaires rappellent que l’eau utilisée provient de la nappe plio-quaternaire, "alimentée par l’eau saumâtre de l’estuaire", et non de la nappe de l’éocène exploitée pour l’alimentation en eau potable. Le "risque de salinisation" est ainsi "évacué", selon les experts consultés. Une position qui va à rebours des analyses de la Commission locale de l’eau (CLE), qui alertait notamment sur les interactions possibles entre les nappes, les incertitudes hydrogéologiques et les risques liés à des prélèvements importants dans un système déjà sous pression. Elle pointait également le manque de garanties à long terme sur l’évolution des équilibres entre eau douce et eau saumâtre dans ce secteur estuarien.

Entre dynamisme économique et rejet local

Sur le plan économique, la commission met en avant des bénéfices jugés majeurs pour le territoire. Le projet prévoit la création de 250 emplois directs, dont "70 % occupés par des Médocains", ainsi que des retombées estimées à 12 millions d’euros par an. Dans un contexte difficile pour certaines activités locales, notamment la viticulture, les commissaires estiment que la montée en puissance du site pourrait "maintenir, voire développer les autres activités économiques et revitaliser le Nord-Médoc".

L’usine aquacole serait implantée sur le terminal portuaire du Le Verdon-sur-Mer, au sein de la zone industrialo-portuaire du Grand port maritime de Bordeaux. ( photo Pure Salmon) Du côté des opposants, la décision passe mal. "On est très déçus, on a l'impression que les plus de 20.000 participations n'ont pas été considérées", regrette Benoist Gachet, administrateur de la Sepanso en charge du dossier Pure Salmon, auprès de ici Gironde. Même incompréhension pour Maxime de Lisle, de l’association Seastemik, qui s’interroge sur la portée accordée aux avis techniques : "On est étonnés de la manière dont ils balaient les avis scientifiques et des instances publiques comme la Commission locale de l'eau, alors que ce sont les avis les plus robustes de cette enquête publique", a-t-il également déclaré au média public local. Le dossier entre désormais dans une nouvelle phase. Il doit être examiné par le conseil départemental de l’environnement, avant une décision finale du préfet de la Gironde. Un processus qui devrait encore s’étendre sur plusieurs mois. *L'image de une provient de France 3 Gironde À lire aussi

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