Montée des eaux
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03/03/2026
À Cherbourg-en-Cotentin, une parcelle agricole continue d’être cultivée au cœur du périmètre de protection rapprochée du captage de l’Asselinerie. Une situation qui interroge l’application des règles censées protéger l’eau potable.
Par Nicolas Vignot
Paru le 12/03/2026
À Cherbourg-en-Cotentin, dans le secteur de La Glacerie, une parcelle agricole continue d’être cultivée au cœur même du périmètre de protection rapprochée des forages de l’Asselinerie. Ces captages participent pourtant à l’alimentation en eau potable d’une partie du territoire, où les activités susceptibles de dégrader la ressource sont en principe strictement encadrées. Une situation d’autant plus sensible que le site a déjà été fragilisé par des problèmes de qualité de l’eau. En 2025, une enquête du Poulpe révélait que l’eau distribuée à environ 4 500 habitants présentait des concentrations en PFAS, ces substances chimiques persistantes surnommées « polluants éternels », pouvant atteindre jusqu’à quatre fois la valeur sanitaire de référence.
Ces interrogations avaient déjà été soulevées publiquement. Lors d’un conseil communautaire, le 25 septembre 2025, Nicolas Vivier, de la coopérative citoyenne, avait interpellé l’agglomération de Cherbourg-en-Cotentin et notamment Philippe Lamort, vice-président en charge de l’eau. "J’ai une question sur le respect de la zone de protection rapprochée. En faisant une visite rapide sur le terrain, j’ai pu constater que certaines préconisations sur les friches et les cultures autorisées n’étaient pas respectées", déclarait-il alors devant les élus. Selon les registres parcellaires consultables sur Géoportail, la parcelle cadastrée 0557 apparaissait toujours en culture en 2022, 2023 et 2024, notamment en maïs et en blé, alors que les prescriptions applicables dans ce périmètre prévoient le maintien des terres en prairies.
L’article L.1321-2 du Code de la santé publique impose que les captages soient protégés par des périmètres de protection Contactée par téléphone, Nathalie Néel, chargée de communication de l’agglomération du Cotentin, confirme "qu’une mise en demeure a bien été adressée à l’agriculteur concerné en octobre 2025", pour non respect de la règlementation en vigueur. Sollicitée par Water Guette, la collectivité n’a pas encore transmis le document correspondant au moment de la publication de cet article.
Autour des captages d’eau potable, la réglementation prévoit l’instauration de plusieurs périmètres de protection destinés à préserver la qualité de la ressource. Ces dispositifs sont définis dans le cadre d’une déclaration d’utilité publique (DUP) prise par arrêté préfectoral. Le premier niveau correspond au "périmètre de protection immédiate", qui entoure directement les forages. Dans cette zone, toute activité susceptible de polluer l’eau est en principe interdite. Au-delà se trouve le "périmètre de protection rapprochée", destiné à prévenir les pollutions susceptibles d’atteindre rapidement les captages. Ce périmètre peut lui-même être subdivisé en plusieurs secteurs, dont une zone sensible où les prescriptions visant à limiter les pollutions diffuses sont renforcées. Si le cadre réglementaire est fixé au niveau national par le Code de la santé publique, les prescriptions précises peuvent varier d’un captage à l’autre. La déclaration d’utilité publique permet en effet d’adapter les règles aux caractéristiques hydrogéologiques locales et aux risques de pollution identifiés. Dans le cas du captage de l’Asselinerie, la parcelle cadastrée D 0557 se situe précisément dans la zone sensible du périmètre rapproché. La DUP adoptée en 2017 y prévoit notamment que les parcelles cultivées doivent être converties en prairies permanentes de longue durée, afin de limiter les apports de nitrates et de produits phytosanitaires.
zone rouge: protection immédiate, zone orange: protection rapprochée (sensible) et zone verte: protection rapprochée (complémentaire)
Mais la question du respect des prescriptions ne se limite pas à cette seule parcelle. La cartographie annexée au dossier de déclaration d’utilité publique mentionne également, à proximité, une zone décrite comme "prairie évoluant en friche", située au nord de la route de l’Asselinerie. Or, sur le terrain, cette parcelle apparaît aujourd’hui artificialisée et utilisée comme espace de stationnement. Ces prescriptions visent avant tout à limiter les risques de pollution diffuse et préserver un sol favorable à l’infiltration de l’eau. La transformation de cette zone en espace de stationnement interroge donc, là encore, la compatibilité de certains aménagements avec les objectifs de protection du captage.
Dans la zone de protection rapprochée ( complémentaire), les parcelles 0104, 0106, 0107 sont devenues une aire de stationnement (google Sept 2025)
La surveillance effective de ces périmètres de protection repose sur plusieurs acteurs, mais elle n’est pas systématique. Interrogé sur ce point, M. Cattiaux, chef du service chargé de la police de l’eau à la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), explique que ces zones ne font pas l’objet d’une surveillance permanente. "Il n’y a pas de surveillance en tant que telle", indique-t-il. Les interventions ont lieu principalement lorsque des obligations réglementaires précises peuvent être contrôlées ou lorsqu’un signalement est effectué. Dans les zones de protection rapprochée, l’action publique repose souvent davantage sur l’animation des aires d’alimentation de captage, c’est-à-dire le travail mené avec les agriculteurs pour faire évoluer les pratiques, que sur des contrôles systématiques. Selon lui, le renforcement de la réglementation reste possible si la qualité de l’eau se dégrade. Dans ce cas, la collectivité exploitant le captage peut saisir le préfet afin de mettre en place des mesures plus contraignantes, pouvant aller jusqu’à l’interdiction de certaines pratiques agricoles dans les zones les plus sensibles. Entre parcelles cultivées, friches transformées et contrôles reposant largement sur des signalements, la situation autour du captage de l’Asselinerie illustre les limites concrètes de la protection des ressources en eau potable. Si les règles existent sur le papier, leur application dépend largement de la vigilance des collectivités, des services de l’État et des citoyens eux-mêmes. Dans un contexte où la qualité de l’eau suscite déjà des inquiétudes sanitaires, la question du respect effectif des périmètres de protection reste plus que jamais posée. À lire aussi
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