Gestion de l'eau / Politique et règlementation

Les eaux grises pourront désormais laver le linge et arroser les potagers

Un arrêté applicable depuis le 15 août 2026 autorise de nouveaux usages des eaux de douche, de lavabo ou de lave-linge. Ces expérimentations nécessiteront un traitement de l’eau et une autorisation préfectorale.

Par Nicolas Vignot
Paru le 28/08/2026

la réutilisation des eaux grises

À la fin d’une lessive, plusieurs dizaines de litres d’eau contenant des fibres et des résidus de lessive partent directement dans les égouts. L’arrêté du 29 juillet 2026, publié le 14 août au Journal officiel, élargit les possibilités de réutiliser ces eaux dans les bâtiments. La réglementation désigne comme "eaux grises" celles provenant des douches, des baignoires, des lavabos, des lave-mains et des lave-linge. Cette définition figure dans le décret du 12 juillet 2024. Depuis le 1er septembre 2024, ces eaux pouvaient déjà, après traitement, alimenter les toilettes et certaines fontaines décoratives, nettoyer des surfaces extérieures ou arroser des espaces verts. Ces usages sont encadrés par l’arrêté sanitaire du 12 juillet 2024. Le décret avait également prévu d’expérimenter leur utilisation pour effectuer une nouvelle lessive, nettoyer les sols intérieurs ou arroser les potagers. Il manquait toutefois les règles permettant de lancer ces projets. Le nouvel arrêté vient combler ce vide

De nouvelles eaux à récupérer

Réutiliser l’eau de la douche ou du lave-linge ne consistera pas simplement à installer une cuve. Les eaux devront être collectées avant leur départ vers les égouts et circuler dans un réseau séparé de celui de l’eau potable. Elles ne devront jamais être mélangées aux eaux provenant des toilettes. Chaque installation devra comprendre un traitement adapté à l’origine de l’eau et à l’usage envisagé. La réglementation n’impose pas de technologie particulière. Elle fixe la qualité que l’eau devra atteindre à la sortie du dispositif. L’arrêté n’impose pas non plus un ordre unique entre le traitement et le stockage. Selon le système, l’eau pourra être stockée avant ou après son traitement. Les durées de stockage seront déterminées à partir de l’analyse des risques et inscrites dans l’autorisation préfectorale. Une pompe et des canalisations distinctes pourront ensuite distribuer l’eau vers les équipements autorisés. Un appoint en eau potable pourra être installé si la réserve est vide, mais les deux réseaux devront être séparés par un dispositif empêchant tout retour d’eau recyclée vers le réseau public. Une même eau ne pourra connaître qu’une seule réutilisation. L’eau récupérée après une lessive pourra, par exemple, servir à effectuer un nouveau lavage après traitement. Elle ne pourra ensuite pas retourner dans le circuit. Si la durée de stockage autorisée est dépassée, l’eau devra être automatiquement évacuée vers les égouts.

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Une autorisation et des contrôles réguliers

Dans les bâtiments ordinaires, l’utilisation des eaux grises pour alimenter les toilettes relève depuis 2024 d’une déclaration au préfet. Une autorisation est toutefois nécessaire dans les établissements accueillant des publics sensibles. Les nouveaux usages expérimentaux nécessitent, eux, une autorisation dans tous les bâtiments. Le propriétaire devra présenter une analyse des risques, décrire son installation et faire contrôler l’eau par un laboratoire accrédité. Pour la plupart des systèmes, les trois premiers mois serviront de période de vérification, avec une analyse chaque mois. Les installations alimentées uniquement par les eaux d’un osmoseur à osmose inverse sont dispensées de cette phase. La plupart des paramètres seront ensuite contrôlés une fois par an pour les systèmes alimentés par un osmoseur, deux fois par an dans les cas courants et six fois par an dans les établissements accueillant des publics sensibles. Le lavage du linge, les sols intérieurs, les toilettes et les potagers devront respecter la qualité A+, la plus exigeante. La qualité A s’appliquera au nettoyage extérieur et à l’arrosage des espaces verts. Lorsque l’installation peut produire des gouttelettes en suspension dans l’air, les analyses rechercheront également Legionella pneumophila. Pour la qualité A, le seuil passe de 10 à 1 000 unités par litre. Il reste fixé à 10 pour la qualité A+. Le pH compris entre 5,5 et 8,5 devient une recommandation et non plus une obligation. Reste à savoir dans quelles conditions ces systèmes pourront être installés dans les bâtiments existants, notamment dans les logements individuels, et à quel coût. L’expérimentation devra aussi permettre de mesurer leur intérêt collectif, en comparant les volumes d’eau potable économisés aux dépenses d’installation, d’entretien et de contrôle. Sources : Décret n° 2024-796 du 12 juillet 2024 ; arrêté du 12 juillet 2024 relatif aux conditions sanitaires d’utilisation des eaux impropres à la consommation humaine ; arrêté du 29 juillet 2026 relatif à leur utilisation expérimentale. À lire aussi

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